Théo Faugère pour La Dépêche du Midi

 

Ligue1

Le TFC aborde le sprint pour le maintien en position favorable. Mais avec le souffle des poursuivants dans la nuque, il va falloir être solide. Surtout mentalement.

 


«Si cerveau le veut, ça exécute !» L'affirmation est de Roger Lemerre, clamée aux joueurs de l'équipe de France en plein cœur du Mondial 98. Façon de leur dire que s'ils sont prêts dans la tête, les jambes suivront. Prêt dans la tête, le TFC va devoir l'être avant la dernière ligne droite de L1, au bout de laquelle ils espèrent décrocher le maintien dans l'élite. «Si le moral est atteint, le corps ne fonctionne pas de la même manière. On peut avoir une microseconde d'hésitation fatale, explique Julien Lignon, psychologue et praticien EMDR qui travaille avec des sportifs de haut niveau. La peur de la relégation empêche de maintenir les prises de risque nécessaires à un bon niveau de jeu.» La tête, plus importante que les jambes ? À comparer la qualité de l'effectif du Tèf à son classement (17e, avec un match en moins), on adhère facilement à la théorie. Une position de quasi relégable jugée «incompréhensible» par Elie Baup. Pour l'ancien coach des Violets, la clé de la réussite va résider dans le fait de «maintenir le groupe dans un même objectif. Le club va avoir besoin de tout le monde, aussi de ceux qui jouent moins, les Toivonen, Durmaz, Delort…»


Quelle méthode ?

Oui, mais comment faire pour que tout le monde tire dans le même sens ? Pour les spécialistes du mental, le maître mot, c'est la cohésion. «Elle se travaille d'abord individuellement, pour que chacun prenne conscience de l'intérêt à se sauver, et que ça rejaillisse sur le collectif», explique Julien Lignon. Cindy Laplace, préparatrice mentale intervenant à l'ITEPS de Muret, distingue la cohésion opératoire (le terrain) et sociale (en dehors du terrain) : «Le groupe vit par la tâche, mais aussi par l'humain, détaille-t-elle.» Et c'est le défi auquel s'est heurté tout coach confronté à une situation de crise. Elie Baup en a fait partie : «On tente pleins de choses, des soirées, des mini-stages… Mais quand on est dos au mur, c'est compliqué.» Mickaël Debève reconnaît que sur cette fin de saison, l'aspect psychologique est «très important.» Et le coach se veut rassurant : «le groupe travaille bien. L'important, c'est de positiver, de ne pas perdre pied.»

À l'heure d'aborder cette opération commando, on repense forcément à l'exploit accompli par Dupraz en 2016. «Énorme» pour Elie Baup. «Il jouait sur l'émotionnel, ça a marché quand il a pris l'équipe, mais c'est quelque chose qui ne peut marcher qu'un temps», tempère Julien Lignon. À 20 heures, le TFC reçoit Angers. Un soir de mai 2016, c'est là-bas, déjà, que le miracle avait eu lieu. Faut-il y voir un signe ?


De la boxe au GIGN

Chaque mois, les joueurs participent à une action dite «de cohésion». En décembre dernier, c'est le GIGN (groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) qui est intervenu auprès du groupe. Ils ont même fait sauter les joueurs du toit du Stadium.

«Dans le foot, on est dans sa bulle. Se retrouver à l'extérieur permet d'échapper à un cadre souvent stressant», analyse Julien Lignon. Le TFC a aussi choisi la boxe, une activité hautement symbolique (voir ci-contre). «Pour les footballeurs de haut niveau il y a une routine qui s'installe au quotidien, donc c'est bien de la casser et de voir d'autres choses», estime Cindy Laplace. Cependant, il y aurait tout un travail préalable à effectuer : «faire de la boxe c'est bien, poursuit-elle, mais il faut définir l'objectif. Renforcer les liens sociaux ? Leur vider la tête ? Qu'est ce qu'on va chercher ? Les valeurs de la boxe ? Une autre parole que celle du coach ?» Sans cette analyse préalable, le risque pourrait être de mettre en danger la cohésion de groupe, comme l'image Denis Troch : «Prenez un groupe qui fait du saut à l'élastique, et le coach a peur de sauter… Ça a l'air évident, mais il y a des protections à mettre en place.»


Denis Troch : «Qu'ils ne s'inventent pas une histoire»


Quels blocages peuvent entraver un groupe de sportifs de haut niveau ?

C'est un mélange de paramètres, dont certains peuvent être furtifs. Les changements d'entraîneurs peuvent être déstabilisants pour les joueurs, par exemple.

Pourtant, dans le foot, on assiste souvent à des déclics psychologiques suite à des changements d'entraîneur. Le TFC de Dupraz en a été un bon exemple.

Pascal a effectivement transcendé les joueurs sur une période. Ça a pu permettre au groupe de sortir d'une impasse, mais il faut faire attention à ne pas attendre ce fameux changement qui va apporter le déclic. Se dire par exemple qu'on va aller chercher un préparateur mental et que ça va tout changer. Les situations sont beaucoup plus complexes. Aujourd'hui si on prend l'exemple des mal classés, bien sûr qu'ils cherchent les moyens pour dynamiser le groupe, c'est logique. Mais à Toulouse il y a de l'expérience. Chaque personne du club doit se remettre dans l'état dans lequel elle s'était trouvée pour se transcender.

Justement, comment on y retourne dans cet état ?

Quand on a un groupe, je dis toujours que 50 % revient à l'entraîneur, et 50 % aux joueurs. Il faut qu'il y ait une co-responsabilité pour qu'il y ait des résultats. Le rôle du préparateur mental c'est de réveiller les forces que chacun à en soi, pour tirer la quintessence de son potentiel individuel, d'équipe, de club, de ville. La confiance est un pilier essentiel pour réussir. Et ce n'est pas quelque chose que vous achetez au commerce du coin, c'est quelque chose qui est lié à votre expérience. Si un jour vous avez eu confiance en vous, alors la confiance est en vous. C'est ça les outils, ce sont des choses très simples liées au bon sens. «On l'a déjà fait, on sait que pour le faire chacun d'entre nous doit se mettre dans un bel état de gagne, de communion, de responsabilisation». C'est ce discours-là que doivent faire passer les entraîneurs.

Alors quels conseils donneriez-vous au TFC ?

Qu'ils ne s'inventent pas une histoire. Dans ces moments-là ils ont besoin de quoi ? De se rassurer. C'est moins compliqué que pour ceux qui n'ont jamais joué le maintien. Alors ça ne fait pas tout, mais au moins ça peut rassurer tout le monde et emmener le groupe dans une dynamique positive. Il n'y a rien de plus difficile à faire que quelque chose qu'on a jamais réussi.



Quand le TFC se prépare sur le ring


Une victoire aux points. Voilà ce que doit aller chercher le TFC en cette fin de saison, à défaut d'assommer la concurrence. Pour y arriver, le staff des Violets a décidé de pousser la porte de l'académie de boxe Christophe Tiozzo, pour une séance d'initiation avec plusieurs boxeurs pros, dont Doudou Ngumbu. La symbolique s'impose d'elle-même : apprendre à encaisser les coups, les rendre, se dépasser. Aller au combat. Pour Sofiane Zaïm Perricault, boxeur professionnel et directeur technique de l'académie, ce genre d'initiation peut effectivement accroître «la hargne et la soif de réussite» des joueurs. Et affirme qu'ils ont beaucoup à apprendre de la boxe : «c'est un sport où il faut de la rigueur et de la ténacité. Tu as beau être au top physiquement, si t'es pas prêt dans la tête, tu vas pas y arriver. C'est le mental qui va faire repartir le physique quand le combat va se durcir.» C'est justement maintenant que le TFC va rentrer vraiment dans le dur. L'expérience a appris à Sofiane Zaïm Perricault que dans ce genre de moments, le mental était autant, voire plus important que le reste. «Pour certains athlètes, le mental prend le pas sur le physique. En boxe, on a l'habitude de dire que 50 % du combat se gagne en dehors. Mayweather, Ali, ça parle, mais c'est surtout parce que ça les met en confiance. Après sur le ring, il faut montrer à l'autre que t'es pas fatigué. Au foot c'est pareil, si tu montres que tu lâches, tu risques de perdre.»

Ne rien laisser, ni à l'adversaire, ni au hasard. C'est cet état d'esprit que sont venus chercher les Violets, qui ont notamment travaillé au sac avec Jean-Marc Ismaël, entraîneur et ancien pro. «Le sac c'est du dépassement de soi, il faut un esprit guerrier pour qu'après, sur le terrain, personne ne lâche l'affaire, explique-t-il.» Jean-Marc Ismaël les a aussi fait bosser des exercices de touché épaule et de shadow, cette technique qui consiste à boxer contre un adversaire invisible : «en boxe, on fait un gros travail sur l'imagination du combat, on se fait une image de l'adversaire, comment il peut réagir, ce que nous on doit mettre en place pour le battre. Les joueurs ont bien répondu à ce qu'on leur a proposé, ils étaient super impliqués.» À eux maintenant de lever les poings.


Le chiffre : 6

matchs de L1> à jouer. Avec un match en retard (face à Caen), le TFC compte 30 points, et occupe la 17e place à 1 point du 18e, Lille. Le pack Money Time permet d'assister aux trois derniers matchs au Stadium pour un total de 20 euros.