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SÉBASTIEN MARTI pour La Dépêche du Midi

 

Interview

L’ancien entraîneur du Toulouse Football Club, Pascal Dupraz, a quitté le club le 22 janvier dernier après une défaite contre Montpellier. Presque cinq mois après, et le maintien du club en Ligue 1 obtenu dans la douleur, le coach savoyard va publier le 12 juin un livre, « Une saison avec Pascal Dupraz, leçon de leadership ». Réalisé avec Frédéric Rey-Millet, expert des questions de management, l’ouvrage a été conçu comme un journal de bord. Journée après journée, depuis l’été 2017, Pascal Dupraz fait entrer le lecteur dans le secret des vestiaires du club et de la préparation de chaque match.
Anecdotes et révélations

Il y consigne des dizaines d’anecdotes avec la franchise qu’on lui connaît. Son réquisitoire est parfois sévère, en particulier avec Dominique Arribagé, l’un des responsables de la cellule recrutement du club. Il raconte surtout les circonstances de son départ, fruit d’une réflexion commune avec le président Olivier Sadran : « ça a commencé dans mon esprit dimanche soir, écrit-il. Peut-être également dans l’esprit de Sadran. Cela a duré très peu de temps. Dans les vestiaires, je lui ai dit : J’en ai plein le dos… Le président m’a proposé de prendre un café le lendemain. Nous avons eu pendant 90 minutes une vraie discussion d’hommes, sans animosité. Il m’a demandé si j’avais envie de continuer. J’ai considéré que sa question était une marque de défiance à mon encontre. À partir de là, tout s’est construit pour une séparation […] À un moment, je lui ai dit : Je pense qu’il faut que je m’arrête… » Pascal Dupraz, qui a quitté la ville le week-end dernier, est aujourd’hui à la recherche d’un club. Il sera consultant pour TF1 lors de la Coupe du Monde de football en Russie.

Voici l'entretien qu'il a accordé à "La Dépêche du Midi" en exclusivité.

Comment est née l’idée de ce livre, « Une saison avec Pascal Dupraz, leçons de leadership » ?

C’est mon ami savoyard Frédéric Rey-Millet, spécialiste des questions de management, qui me l’a proposé et par solidarité savoyarde, j’ai accepté. Il avait fait le tour des entraîneurs et a considéré que ça tombait sous le sens que ça soit moi. J’ai accepté parce que je ne suis pas assez vieux pour écrire mon autobiographie et parce que ça m’intéressait de parler de management à partir de mon expérience, de mes méthodes et de mes croyances. Après c’est un livre sans prétention, je raconte juste, match après match, comme un journal de bord, la dernière saison que j’ai vécue avec le TFC. Malheureusement elle s’est arrêtée pour moi à la 22e journée. Mais ça m’a permis aussi de développer une remise en question : pourquoi on échoue et comment, à travers l’échec, on peut entrevoir un futur succès. En France, on a du mal à s’approprier l’échec.

À quoi est dû l’échec du TFC cette saison, contraint de passer par les barrages pour se maintenir en Ligue 1 ?

Le plus grand responsable de l’échec du TFC, c’est moi parce que j’ai dirigé 22 matches. Après, il y a des impondérables. On ne gagne pas sur commande.

Vous écrivez dans le livre : « S’il suffisait de crier pour gagner, ça se saurait ». Ça vous blesse quand on vous décrit d’abord comme un aboyeur plutôt que comme un technicien ?

Je considère que les journalistes sportifs et même certains consultants ne sont pas légitimes pour parler parce qu’ils ne savent pas ce que c’est. Comment on a fait, quand je suis arrivé au TFC, pour gagner en moyenne deux points par match ? Ce n’est pas seulement en criant « Allez les gars ! » À ce moment, le TFC était transformé, chacun faisait des efforts les uns pour les autres. Il y avait aussi un travail tactique, mais c’est vrai que l’on en parle moins. Moi j’aime faire passer des messages au grand public car le foot reste un sport populaire. Je veux éviter les banalités du genre « l’équipe était bien en place ». J’aurais plutôt envie de dire « Franchement, ils m’ont cassé les couilles ». Oui j’ai cette franchise, mais dans le livre, je ne raconte qu’un millième de ce qu’il se passe dans un vestiaire.

Vous ne vous privez pourtant pas d’égratigner certains joueurs, comme Giannelli Imbula. Vous écrivez qu’il est apathique, marche à l’entraînement, a pris des kilos en trop…

Mais il fallait le voir à l’échauffement. On disposait deux plots distants de dix mètres, mais lui n’en faisait que cinq en courant… Ce genre de comportement est très énergivore. Entre les problèmes de ponctualité ou d’irrespect, cette année, je n’ai presque jamais fait mon métier d’entraîneur.

Mais si un joueur comme Imbula n’était pas performant, pourquoi l'avoir fait jouer ?

C’était un engagement de ma part en début de saison : si tu viens au TFC, c’est pour jouer. Et je n’ai qu’une parole. Après il n’y a pas qu’Imbula. Certains n’ont pas fait les progrès que l’on était en droit d’attendre. Tout cela fait partie des raisons qui m’ont emmené à prendre la décision de quitter le club. J’avais des soucis de santé et je ne voyais pas pourquoi j’aurais laissé ma peau sur un terrain pour des joueurs qui s’en foutent.

Dans votre livre, vous épargnez les dirigeants, Olivier Sadran et Jean-François Soucasse…

Olivier Sadran ne m’a pas pris en défaut, il m’a laissé travailler. Quant à Jean-François Soucasse, c’est quelqu’un de brillant. En tout cas, moi, je constate que celui qui paye, c’est Olivier Sadran. La seule critique que je pourrais lui adresser, c’est qu’il a choisi de ne pas communiquer. Or aujourd’hui, il faut communiquer.

En revanche, vous êtes très sévère à l’encontre de Dominique Arribagé, votre prédécesseur, aujourd’hui à la cellule recrutement du club…

C’est la seule personne au club qui ne m’a pas dit au revoir, ni même passé un coup de fil. Dans ma vie, il y a trois choses que je n’ai jamais vues : Dieu, le diable et le portefeuille de Dominique Arribagé. Il aurait pu m’inviter à déjeuner, après tout j’étais le coach et lui directeur sportif : ça n’est jamais arrivé. Depuis que je suis parti du TFC, j’ai été opéré deux fois. Tout le monde le sait sauf lui…

Comment vous sentez-vous ?

Aujourd’hui je me sens bien. Je ne suis pas malade. S’il existait le moindre danger, je ferais autre chose.

Vous déplorez les conditions de travail et l’absence d’un centre d’entraînement digne de ce nom…

Je m’appuie sur certaines croyances comme le bien-être et le « bien vivre ensemble » dans un cadre strict que tout le monde respecte. Il faut prendre du plaisir. Mais au TFC, il n’y a pas de plaisir parce que les bâtiments du centre d’entraînement sont obsolètes. Et puis ce n’est pas une bonne idée de s’entraîner juste à côté du Stadium. Il y a aussi le plaisir que l’on prend en tant que coach. Nerveusement c’est difficile, frustrant aussi. Mais on ne peut pas parler de souffrance. Pour moi la souffrance c’est la maladie, le cancer, la misère…

Vous écrivez être très superstitieux…

Oui pour mon confort personnel, ma tranquillité d’esprit. Par exemple, je disais aux joueurs que si l’on arrivait un jour en retard à l’entraînement, on perdrait le match le week-end suivant.

Comme Christopher Jullien que vous surnommez « 59-59 » parce qu’il arrivait systématiquement une seconde avant le début d’un rendez-vous…

Oui on perd plus d’énergie à arriver une seconde avant le début de l’entraînement que quinze minutes avant.

Comment avez-vous rencontré Didier Deschamps qui signe l’édito de votre livre ?

C’est un hasard. Quand je passais mon diplôme avec une quinzaine d’entraîneurs, il était venu nous parler de son métier. J’avais adoré sa simplicité. Il était convaincant parce qu’il était convaincu. Je pense qu’il sera champion du monde cet été, parce qu’il a de la chance. Son moment de déveine (la finale du championnat d’Europe perdue contre le Portugal), c’est l’exception qui confirme la règle.

Vous faites souvent référence aux méthodes de management des All Black…

Il y a cette anecdote : les All Black viennent de gagner de trente points contre le Pays de Galles et ils débriefent dans le vestiaire sur ce qui a marché ou pas. Le capitaine Richie McCaw et les managers sont réunis. Ils analysent chaque secteur de jeu et prennent les décisions qui s’imposent. Tout le monde adhère ! Après le match, McCaw et son vice-capitaine prennent même un balai et nettoient le vestiaire...

Vous ne vivez plus à Toulouse depuis quelques jours...

Oui et ça me fait vraiment quelque chose. À vie je serai supporter du TFC. C’est dommage, on avait de grandes ambitions et je pensais qu’on était sur une voie de développement. Mais j’avais fait fi de certains atavismes du club…

Au TFC rien ne sert de leçon ?

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Les budgets sont assurés et c’est Olivier Sadran qui paye. Chaque année il abonde au compte courant. Mais avant de penser aux joueurs ou au recrutement, il est fondamental que le TFC se dote d’un centre d’entraînement digne de ce nom. Mais c’est pas moi le boss !

Vous avez des touches avec d’autres clubs ?

Oui mais rien de concret.

Pascal Dupraz a regardé dimanche soir le match retour des barrages TFC-Ajaccio au Stadium (1-0). «Je suis très content que le TFC se soit maintenu, expliquait hier soir l'ancien entraîneur du club. Il n'y avait plus beaucoup de suspense depuis le match aller. Ce n'était pas un grand match mais l'essentiel était le résultat. Ce sera la seizième saison consécutive du club en Ligue 1 et je suis très heureux, pour les dirigeants et les jeunes joueurs, notamment ceux qui aiment et défendent le maillot.»

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