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Emery Taisne et Guillaume Dufy pour L'Equipe

 

Interview

L’ancien entraîneur du TFC est revenu pour «L’Équipe » sur son expérience toulousaine à l’occasion de la sortie de son livre, « Une saison avec Pascal Dupraz, leçons de leadership ».

Ils se connaissent depuis quatre ans. Lorsque Frédéric Rey-Millet a soumis l’idée à Pascal Dupraz de raconter ses méthodes de management dans un livre intitulé Une saison avec Pascal Dupraz, leçons de leadership (aux éditions Alisio), l’idée n’était pas d’écrire « le livre noir du vestiaire toulousain ». Mais, après un exercice qu’il n’a pas terminé pour des raisons de santé, l’ancien entraîneur du TFC ne nous a pas contredits lorsqu’on lui a fait remarquer que son livre aurait aussi pu s’appeler : “Une saison en enfer ”. En visite dans nos locaux le 18 mai, Rey-Millet et Dupraz sont revenus dans le détail sur le tableau de bord qu’ils ont tenu durant les vingt-deux journées où Dupraz était en poste. « Ma spontanéité va peut-être écorcher quelques joueurs et/ou des dirigeants, mais c’est ce que j’ai ressenti », prévient le technicien.

SON DÉPART

« Les résultats ont peut-être aussi fait que… »

« Vous êtes quelqu’un de transparent. Pourtant, vous avez toujours maintenu une certaine opacité autour des raisons de votre départ du TFC.

Quand, en janvier, le 21, je me rends à l’entraînement et que je rencontre M. Sadran (le président du TFC), je ne sais pas que je vais m’arrêter et lui non plus. Certains peuvent penser que j’ai été remercié, mais ce n’est pas le cas. Ce qui m’a fait arrêter, c’est la santé. J’attendais d’être fixé sur mon sort pour en parler. J’ai été opéré deux fois. Aujourd’hui, c’est derrière moi. Je remercie la clinique Pasteur. Ils m’ont dit que j’étais l’entraîneur le plus en sécurité d’Europe (Rires).

Le ras-le-bol que l’on peut ressentir tout au long du livre était finalement secondaire ?

Avec le recul, oui. Lorsque j’ai fait mon malaise en janvier, le cardio me dit que je vais devoir subir au moins une intervention rapidement. La prochaine trêve était en mars, il me répond qu’il ne faudra pas trop bouger sur le terrain. Je suis rentré chez moi, j’ai dit à ma femme que j’allais prendre du recul. Après, les résultats ont peut-être aussi fait que… Le groupe toulousain est composé de gentils garçons, mais qu’est-ce qu’ils sont pénibles à coacher. Ils sont d’un lisse.

Dès le début, on sent que ça ne va pas aller.

Le contexte fait que… Tout au long de la préparation, on te dit “on va recruter”, les jours s’égrènent, et ce n’est pas le cas alors que le cahier des charges avait été respecté à la lettre : dégraisser et vendre certains actifs (Braithwaite) d’abord. On l’a fait en un temps record et tu attends le bout du bout pour recruter trois joueurs qui sont des paris (Imbula, Gradel et Sanogo). Ça donne l’impression de se raccrocher aux branches.

L’idée d’un départ germe également très tôt. Dès la première journée, après la défaite concédée à Monaco (2-3), vous évoquez un possible changement de coach avec votre groupe.

C’est mon caractère, quand je suis déçu, j’ai du mal à masquer ma déception. J’ai trop senti le décalage… J’ai envie de faire mon métier avec passion et rigueur, alors, quand je vois qu’autour de moi tout est fait à moitié, ça me décourage. J’avais de hautes ambitions pour le TFC, je pensais avoir montré que je tenais la route. La remontada, ce n’est pas que “ allez les gars ”. Ce sont aussi des changements de jeu, de liant, de comportement collectif.

En quoi cette défaite à Monaco vous agace tant ?

À la fin de ce match, je peste. On doit gagner, et on perd 3-2. Je rentre dans le vestiaire et là, Olivier Sadran dit que c’est bien. Que ce soit à Monaco, qui vient d’être champion, ou ailleurs, comment peux-tu te satisfaire d’avoir perdu ? Comment veux-tu que les joueurs se dépassent et donnent leur maximum quand l’institution n’est pas au top sur tous les dossiers ? J’attendais plus.

Quoi par exemple ?

C’est très bien de faire jouer les jeunes, mais au bout d’un moment… Il y en a des très bons mais, aujourd’hui, ils sont perdus parce qu’on les propulse sur le devant de la scène trop vite et qu’on ne peut pas faire autrement. On m’avait aussi dit que quelque chose serait fait pour le centre d’entraînement et il n’y a rien eu. Quand vous arrivez, que les lignes ne sont pas droites et que de, temps en temps, pour vous faire chier, on ne vous tond pas la pelouse, ça fatigue.

C’est la description d’un club amateur…

Il reste quarante-trois clubs pros en France. Au niveau des infrastructures, Toulouse est certainement celui qui a les installations les plus pauvres. J’espérais être le type qui réussirait à insuffler cette dynamique-là.

On ressent beaucoup de découragement en vous lisant. Vous ne vous êtes jamais dit : “je n’y arrive pas, il faut que je m’en aille” ?

J’ai souvent dit au président que j’en avais marre. Quand je décide de m’arrêter, c’est ma santé en premier lieu, mais c’est aussi parce que je cède au découragement. J’ai la faiblesse de penser qu’on se serait maintenus si j’étais resté, mais je ne me sentais pas capable de me donner à 100 % pour le TFC. Il valait mieux donner du temps et des matches à mon successeur (Michaël Debève) pour relever le challenge. Pour le coup, M. Sadran a agi comme un seigneur. Il m’a dit qu’il me paierait tout ce qu’il me devait.

 

SADRAN ET LE FONCTIONNEMENT DU TFC

« Il manque à Toulouse une personne hyper présente »

Vous semblez entretenir une relation forte avec Olivier Sadran, mais on a également l’impression que vous lui en voulez un peu.

Par son attitude, il facilite le travail de son entraîneur, mais par son inaction il le complique aussi. Le problème, c’est qu’il n’a pas le temps. Il manque à Toulouse une personne hyper présente. “Jeff” Soucasse (directeur général) est une personne brillante, mais il n’a pas le profil. Il y a au TFC un fonctionnariat qui est à l’opposé de ce que représente le foot. On a l’impression d’une inertie.Devrait-il davantage s’appuyer sur des personnes extérieures à son cercle ? C’est à la fois son mérite et sa faiblesse. Moi, j’ai deux amis, je n’en ai pas cinquante. Quand ils viennent chez moi et qu’ils entretiennent ma pelouse à leurs heures perdues, je sais qu’ils vont la tondre. Ce sont mes amis, ils bossent pour moi. On va dire qu’au TFC les amis d’Olivier Sadran ne bossent pas beaucoup. Quelque part, ils ne sont pas très cool avec leur ami.

Dans le livre, vous n’êtes pas tendre avec Dominique Arribagé notamment.

Il y a des choses que je peux comprendre. Quand tu es remplacé par quelqu’un qui performe… Mais, en deux ans, je n’ai eu aucune relation avec lui, pas même un déjeuner, alors qu’il est responsable du recrutement.

Dans le livre, vous racontez comment vous essayez de bouger les mentalités à l’occasion d’un tirage de Coupe de France, où le TFC brille d’ordinaire par son absence.

Je vais donner un autre exemple. Quand tu arrives à Lyon, que le président Aulas va dans le vestiaire des arbitres et des délégués par courtoisie et que, toi, c’est ton intendant, ce n’est pas la même chose. À la fin du match à Montpellier (1-2, 22e j.), alors que ça fait un an et demi que j’essaye de faire admettre aux joueurs qu’ils peuvent faire une finale de Coupe, le président dit qu’il en a rien à faire du match à Bourg (en 32es de finale de la Coupe de France), que c’est Troyes le plus important. C’est maladroit. Il n’est pas du tout interventionniste, mais j’ai vu des petits trucs à travers certaines prises de parole.

Lesquels ?

Il a peut-être senti qu’il me fallait du soutien, que j’étais usé, mais en fait il me desservait parce qu’il me décrédibilisait auprès des joueurs.

Vous êtes également déçu lorsqu’il éconduit votre agent, qui souhaite le rencontrer pour discuter d’une éventuelle prolongation.

Le président lui répond : “Je le vois deux fois par semaine à la machine à café. S’il a quelque chose, il me le demande.” Ça m’a braqué parce que mon agent, c’est mon ami. Je me suis dit qu’on irait au bout du contrat et qu’on discuterait ensuite.

D’ordinaire, vous êtes pourtant du genre à vouloir crever l’abcès.

Oui, mais ce truc-là m’a déçu. Avec le recul, peut-être aurais-je pu faire différemment. Est-ce que ça aurait fait un nouveau centre d’entraînement pour autant ?

Vous êtes arrivé à Toulouse sans adjoint. D’autres, comme Conceiçao ou Ranieri, débarquent avec leur staff au complet. Est-ce plus dur pour un entraîneur français ?

Rien que pour un deuxième préparateur physique, c’est la croix et la bannière… Je ne comprenais pas les coaches qui ont de la bouteille et qui disent qu’il faut venir avec son staff pour tout changer. J’ai changé d’avis. Moi, j’ai été propre. Après la remontada, j’ai remarqué que je n’avais pas d’adjoint qui m’apportait de la valeur ajoutée, mais je n’avais pas le droit. Je ne suis que de passage. Eux, ce sont des institutionnels.

Si c’était à refaire ?

Je planterais le décor dès le départ avec un staff le plus élargi possible.

Est-ce également une pierre dans le jardin de Michaël Debève ?

J’ai été consensuel – je suis content de l’avoir été –, mais avec le recul, lorsque je donne la responsabilité de l’équipe à Debève à Saint-Étienne, juste après mon malaise (le 13 janvier), c’est anachronique. Je dois mettre David Barriac, qui est mon adjoint de toujours, en numéro 1. Mais je suis corporate parce que c’est mieux comme ça.

 

LES JOUEURS

« Quand je suis parti, je ne leur ai pas dit au revoir »

En début de saison, lorsque vous regardez votre effectif, que vous dites-vous ? Qu’il a de la gueule ?

Oui. Ma seule interrogation, c’est le comportement de (Jimmy) Durmaz et (Ola) Toivonen parce qu’il y a la Coupe du monde (les deux sont suédois). Toivonen est sûrement le joueur le plus hautain que j’ai vu. Il a une estime de lui qui est inversement proportionnelle à son rendement. Je lui ai dit un jour devant tout le monde : “Si tu vas au Mondial, c’est grâce à tes perfs, à tes équipiers mais surtout à moi.” Ça faisait trois ans qu’il ne jouait plus au foot. J’ai insisté auprès de mes dirigeants contre vents et marées. Lui, il joue, il te dit bonjour. Il ne joue pas, il te serre la main comme ça (il détourne le regard).

Ne vous a-t-il pas manqué un leader dans ce groupe, comme pouvaient l’être Pantxi Sirieix ou Étienne Didot par le passé ?

Sirieix ne jouait pas, mais il avait la bonne attitude. En un mot ou deux, il coupait les quelques velléités de contestation. L’année de la remontada, il y avait aussi Ben Yedder (parti au Séville FC) et Braithwaite (Middlesbrough) qui pesaient trente buts par an. On a aussi perdu Trejo (Rayo Vallecano), Didot (Guingamp), Tisserand (Ingolstadt).Tu perds des joueurs cadres et tu compenses en faisant des paris ou en rajeunissant encore l’effectif…

Un joueur comme Andy Delort n’aurait-il pas pu prendre le relais ?

Il a de la personnalité mais je n’en suis pas convaincu. Andy, il est trop dans l’affectif et il ne veut pas écouter. Ce que j’aimerais qu’il comprenne, c’est que lorsque je lui dis qu’il y a des secteurs de jeu où il doit s’améliorer, c’est pour le rendre meilleur, pas pour le faire chier. Malheureusement, il ne veut pas démordre de certains trucs. Je l’ai vu s’exiler sur le côté, il ne risquait pas de marquer des buts. Comment ça s’est fini ? Il a terminé la saison ailier droit.

Au-delà du manque de personnalité de vos joueurs, il est également beaucoup question de leur manque de solidité. C’est ma grande déception. Avec le même entraîneur et la même défense, on a été catastrophiques derrière. Avez-vous une explication ?

La saison d’avant, Issa (Diop), Christopher (Jullien) et Alban (Lafont), c’était ma clé de voûte. Ces trois-là ont été moins bons. Et puis, quand tu perds de l’énergie à exiger de certains joueurs qu’ils soient à l’heure aux rassemblements… Il ne s’est pas passé une semaine sans qu’il y en ait un ou deux qui arrivent en retard à l’entraînement.

Ce n’était pas le cas l’an dernier ?

Non, mais j’ai une explication. En fait, c’est l’usage du foot. Quand un joueur est incomplètement formé, mais qu’il sort d’une très bonne saison, tu n’es pas obligé de lui doubler son salaire. Un joueur comme Christopher Jullien n’a pas progressé à 100 % d’une année sur l’autre. Ça demandait confirmation.

Le livre montre que vous êtes souvent sur son dos, jusqu’à le surnommer “59,59” parce qu’il arrive toujours ric-rac aux rendez-vous.

Christopher je l’adore, mais c’est un grand enfant. Il me dit que c’est à cause de ses origines qu’il est toujours limite. Mais ne fais pas offense à tous les Guadeloupéens. Il y en a des ponctuels, ça existe !

Un autre joueur vous fait régulièrement suer : Giannelli Imbula. N’avez-vous pas trop insisté avec lui ?

Quand je le fais venir, je repense au joueur qui avait démontré – notamment à l’OM – certaines aptitudes hors norme. Je lui avais aussi donné ma parole qu’il jouerait, alors j’ai insisté pour qu’il retrouve son meilleur niveau. Ce qui m’a plu à certains moments, c’est qu’il a été plus réceptif.

Mais il faut constamment lui taper dessus…

Pour en avoir souvent discuté avec lui, ce qu’il me dit, c’est qu’il n’arrive pas à le retranscrire sur le terrain. Il a conscience de ne pas exprimer sa pleine mesure, mais il ne met pas assez souvent en application ce qu’on a décidé pour le réathlétiser.

Avec le recul, referiez-vous la même chose ?

Avec cet effectif-là, j’ai fait une erreur. L’équipe a manqué de cohésion à cause de ça. Il y a quand même un acte symbolique. Quand je suis parti, je n’ai pas dit au revoir aux joueurs. Je n’avais pas envie de me jeter en pâture devant eux et montrer d’un coup de la faiblesse. Il n’y en avait pas dans cet acte-là. »

 

 

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