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Christophe Larcher pour France Football

 

Ligue1

Annoncé comme un surdoué dans son pays, l’Anglais a surmonté une dépression, un terrible accident de voiture et un exil de cinq ans avant de s’imposer à Toulouse.

 

Le sait-on en bord de Garonne ? Le gaillard au buste bien taillé qui se démène au cœur du jeu du Téfécé a joué avec Luka Modric et Gareth Bale. Le même avenir en or massif lui était promis. Il ne portait pas cette crête aux touffes blondies ni cette barbe en broussaille. Fin 2008, John Bostock est alors un post-ado au menton glabre, un wonderkid comme disent les Anglais, une perle d’à peine dix-sept ans lancée à petites doses par Tottenham et son coach Harry Redknapp. Depuis plusieurs saisons déjà, le gosse des faubourgs sud de Londres, licencié dès ses premiers ballons à Crystal Palace, reçoit des offres d’Arsenal, Manchester United, du Real... Le Barça a même proposé plus de 2 M€ pour débaucher ce milieu de terrain ardent qui étonne par sa technique sûre et son sens du jeu vers l’avant. Finalement, les Spurs se montrent les plus persuasifs, convaincus d’avoir enrôlé un futur international. L’histoire ressemble à l’éclosion d’un grand d’Angleterre au destin linéaire comme une frappe de Steven Gerrard.


VINGT-SIX ANS, DOUZE CLUBS

Une bonne décennie a passé. Celui qui a débuté chez les pros plus tôt que David Beckham et Michael Owen n’a remporté ni la Ligue des champions ni le Ballon d’Or FF. À vingt-six ans, il sévit dans le douzième club de son parcours à ricochets et a attendu le 10 août dernier pour débuter enfin une rencontre de l’un des cinq Championnats majeurs d’Europe. « J’ai fait un long voyage, on peut le dire...» John Bostock s’est beaucoup exprimé ces derniers mois sur différents sites Internet. Le regard droit, le sourire comme une signature, il évoque avec naturel ses angoisses de prodige annoncé puis crashé, sa conversion au protestantisme à quinze ans perçue comme une épiphanie intime, son passage en Belgique, la mort frôlée en voiture, son respect pour Alain Casanova, découvert à Lens et retrouvé à Toulouse, puis tant d’autres thèmes. « Les gens peuvent penser que j’ai eu une mauvaise attitude, ce qui aurait ruiné ma carrière si prometteuse. En fait, c’est l’inverse », raconte l’ancien capitaine des U17 anglais, lancé à quinze ans et 287 jours, en Championship (L2 anglaise), à Crystal Palace. Aujourd’hui, le numéro 15 des Violets sait pourquoi il n’a pas su passer le cap. Rien à voir avec la grosse tête selon lui, ou un trop-plein d’aisance une fois revêtu le paletot de Tottenham. « Je travaillais fort, je mangeais bien, je ne buvais pas, je ne sortais pas mais je n’y arrivais pas... En fait, je me mettais trop de pression. Je voulais absolument être à la hauteur des attentes, de l’argent mis sur mon nom. Je ne comprenais pas pourquoi je ne devenais pas le super footballeur que tout le monde voyait en moi.» Submergé par l’enjeu, il est relégué chez les jeunes des Spurs, fait le tour du pays sous forme de prêts à Brentford FC, Hull City, Sheffield Wednesday et Swindon Town, autant de scènes de combats où il abandonne sa joie de jouer. « Je n’étais plus ce gamin qui vivait pour le ballon depuis l’âge de cinq ans, ma passion s’était transformée en malédiction. Continuer à y croire n’avait plus de sens...»


LE TOUR DES FLANDRES

À l’été 2013, après un passage de trois mois au Toronto FC en MLS, John Bostock se retrouve sans contrat, la cote en berne sur son île natale. Lloris, Adebayor, Dembélé, Walker et autre Eriksen sont les têtes d’affiche du vestiaire de Tottenham. Lui, à vingt et un ans, rejoint la cohorte des grands espoirs déchus. Lecteur minutieux de la Bible, il procède à une introspection, utilise la prière pour recaler ses préoccupations au point de blackbouler la fatalité. « J’ai pas mal pleuré, puis je me suis dit : John, you’re not done ! (Tu n’es pas fini !) J’avais besoin d’un nouveau départ. Je ne devais plus m’accrocher au désir de devenir une petite merveille de Premier League. Il me fallait revenir à l’essentiel : juste prendre du plaisir.» L’exil vers le continent s’impose. Un homme lui offre ce salut : l’ancien buteur néerlandais Jimmy Floyd Hasselbaink, qui lance sa carrière d’entraîneur au Royal Antwerp, en Deuxième Division belge. «Je sais que certains se sont demandé ce que j’allais faire là-bas vu le talent qu’on me prêtait. Ça ressemblait à un grand pas en arrière. En fait, j’ai relancé ma carrière.» Dans la capitale du diamant puis, les deux saisons suivantes, à Louvain, clubs candidats à l’accession, l’Anglais aux origines de Trinitéet-Tobago s’impose comme un élément majeur. Il fournit des valises de passes décisives au point d’être élu meilleur joueur de la saison en 2015-16. Loin des cimes de la Premier League, où les places sont si chères, John Bostock redevient un joueur de football bien dans ses crampons, remis en selle par ces trois années en Flandres, « comme si les chaînes s’étaient desserrées », dit-il au quotidien britannique The Telegraph. Il s’efforce d’apprendre la langue, s’intéresse au mode de vie local et se gorge des bienfaits de cet ailleurs où la raison de jouer (de vivre) n’est plus l’ultra-compétition imposée aux novices anglais. Depuis ce regain d’envie loin de Londres, il invite ses jeunes compatriotes à élargir leurs horizons.


MIRACLE SUR L’AUTOROUTE

Après la Belgique, lui a prolongé sa route, sa reconstruction au RC Lens, puis en Turquie, en Anatolie, à Bursaspor, pendant six mois. Un trophée de meilleur joueur de L2 et la rencontre avec Alain Casanova d’un côté, « des stades comme des volcans » et des salaires non payés de l’autre puis, aujourd’hui, Toulouse et la perspective de se mesurer à Neymar, Rabiot et Verratti. « J’ai vécu ces cinq années hors de mon pays comme un apprentissage culturel. J’apprends beaucoup sur moi-même, sur mon sport, sur le monde. Je réalise combien il est important de savoir qui tu es en tant qu’homme pour devenir footballeur.» À force de plongées intérieures et de voyages au loin, John Bostock a tissé une philosophie personnelle : « Toutes ces années, avec des hauts et des bas, m’ont convaincu que l’esprit d’un footballeur ressemble à un champ de bataille. Si tu triomphes mentalement, alors le corps va suivre. À 90 %, ça se joue dans la tête. C’est un défi considérable. Depuis mes quinze ans, j’ai dû surmonter des obstacles, mais je suis encore là pour prolonger mon rêve. J’en suis fier.» Une nuit de mars 2017, sur une autoroute du Kent, John Bostock a vécu un drame qui a encore renforcé ses convictions et sa foi. La photographie de son Touareg Volkswagen, défoncé, compressé après un choc plein fer à 110 km/h laisse pantois. Un automobiliste bouffi d’alcool a pris la chaussée à contresens, la collision a tué son passager. Le joueur s’en sort sans une blessure, juste groggy. De son brancard, il envoie même un tweet pour rassurer son entourage. « Scientifiquement, je n’avais aucune chance d’en réchapper. Grâce à Dieu, traverser une telle expérience m’a permis de réaliser que j’avais un destin à accomplir. Dix jours plus tard, je rejouais avec Lens. J’apprécie chaque jour le fait d’être vivant.» Cette belle humeur, ses nouveaux partenaires toulousains l’ont appréciée dès la séance de bizutage de l’Anglais. La vidéo de la chorégraphie de John Bostock en short et polo violets sur Billie Jean de Michael Jackson vaut le clic.

 

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