Menu

Fil de navigation

Recherche

YOHANN HAUTBOIS pour L'Equipe

 

Interview

Invité, pour la photo, à s’asseoir sur le dossier du canapé rouge du club rémois où il s’est engagé en juillet 2017, Mathieu Cafaro fut réticent à l’idée de poser sur l’assise ses baskets blanches, pourtant immaculées, craignant d’écorner une image entachée par un fait divers et son renvoi de Toulouse, son club formateur. Le 11 février 2017, alors qu’il se trouvait dans la voiture de son coéquipier Odsonne Édouard (prêté par le PSG), le milieu avait été accusé d’avoir tiré sur un passant avec un pistolet à billes. Le témoignage de la victime et l’enquête ont démontré qu’il n’avait pas été impliqué. En juin dernier, Odsonne Édouard a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et une amende de 10 000 euros par la cour d’appel de Toulouse. Mathieu Cafaro était entendu comme témoin.

« Comment passe-t-on en trois mois du National 2 (avec la réserve rémoise) à la Ligue 1 ?

L’an dernier, j’ai connu une saison difficile avec une pubalgie, mais aussi parce que je ne me suis pas adapté tout de suite, je n’avais plus de repères après six ans passés à Toulouse. Au TFC, j’étais le petit jeune qui réussit avec les pros, je connaissais tout le monde et tout le monde me connaissait. À Reims, c’était l’inverse.

Ou alors pas pour les bonnes raisons…

C’est sûr, on me regardait comme un petit footballeur qui avait fait une bêtise, cela me blessait. Je voulais prouver que je n’étais pas quelqu’un de méchant, que j’avais des qualités. Je ne l’ai pas fait la première année, mais je suis en train d’y parvenir.

Pourquoi ne pas avoir saisi tout de suite cette main tendue par Reims ?

Quand j’ai signé ici, je voulais m’imposer rapidement pour démontrer au club qu’il ne m’avait pas tendu la main pour rien. Mais, psychologiquement, j’ai eu mal de quitter Toulouse de cette manière, je n’étais pas totalement prêt à faire une préparation. Je me suis retrouvé avec la réserve, j’en ai souffert, rien n’allait. Mais je savais que j’en sortirais : si j’avais pu jouer un peu en L 1 avec Toulouse, je pouvais le faire ici aussi. Dans ma tête, c’était clair.

Quel a été le déclic ?

Mon entretien avec le coach (David Guion) en fin de saison. En gros, il m’a dit qu’il ne pouvait pas compter sur moi si je restais le même. Si je ne jouais pas (un match de L 2), c’est que je ne le méritais pas. J’ai compris ce qu’il attendait de moi, il a eu les mots justes. J’étais d’accord, mais cela m’a fait mal. J’ai voulu lui prouver que je serais différent. Quand je vois ce que je mets à l’entraînement et en match, par rapport à l’an dernier, je ne suis pas le même.

À votre arrivée, avez-vous eu des remarques ? Êtes-vous allé sur les forums de supporters ?

Non, mais j’ai dû me faire allumer. (Sourire.) Ils m’ont jugé sans me connaître, mais j’ai réussi à inverser la tendance, je leur montre que le club a eu raison de me faire confiance. Mes coéquipiers, eux, ont mis du temps avant de savoir qui j’étais : dès qu’ils ont entendu mon nom, c’est cette affaire qui est ressortie. J’ai eu l’occasion d’en reparler avec eux, ils ont vu aussi que cela s’est bien fini pour moi puisque j’ai été mis hors de cause après l’enquête et que j’ai été entendu comme témoin lors du procès. Pas grand monde ne le savait.

Entre votre renvoi par le TFC en avril 2017 et votre engagement avec Reims en juillet 2017, avez-vous eu peur de ne pas avoir une seconde chance ?

Je me suis posé beaucoup de questions. J’ai pensé que les clubs ne verraient que le mauvais côté, que tout pouvait s’arrêter. J’ai essayé de m’entretenir mais j’ai arrêté très vite, je n’y arrivais pas. Je suis rentré dans le Cher, dans ma famille. Je tournais en rond, c’était une remise en question tous les jours : “Est-ce qu’un club va me tendre la main ?” Je n’étais pas déprimé mais presque. J’avais envie de rien faire. Au début de l’affaire, mon père et mon frère ont été durs avec moi car j’avais montré une mauvaise image. Cela a été dur pour eux de voir notre nom dans les médias pour un fait divers. Mais, avec le temps, ils ont compris que j’étais hors de cause. Mon père a su alors trouver les mots, il m’a expliqué que j’allais rebondir, que je devais montrer du caractère. J’ai repensé à ses mots quand Reims est venu.

Les dirigeants rémois se sont renseignés sur votre compte…

Oui, c’est normal, on parlait de moi plus pour le côté extra-sportif que sportif. Ils ont appelé un éducateur qui m’a eu longuement à Toulouse, d’autres personnes aussi, qui leur ont tous dit que je n’étais pas un garçon à problèmes.

Pensez-vous encore à ce 11 février 2017 ?

Pas à cette date spécialement. La période entière m’a marqué mais, aujourd’hui, je n’y pense plus, personne ne m’en parle, à part vous. (Sourire.)

Cette histoire de tirs sur un passant était quand même particulière...

Je n'ai pas tout de suite été concerné par l’affaire, je n’étais donc pas inquiet dans les jours et les semaines qui ont suivi le tir. Quand l’affaire est sortie (en mars avec l’interpellation d’Odsonne Édouard), ce fut un choc.

À un moment, on a cru que vous vous étiez accusé d’être le tireur ?

Non, j’avais fait une lettre au procureur disant que s’il était prouvé que c’était moi qui avais blessé la personne (Cafaro avait tiré sur un mur et pensé, un moment, que des billes avaient pu ricocher et toucher une personne), j’allais assumer. Mais en aucun cas je disais que c’était moi le tireur.

Pourtant, Toulouse vous a licencié rapidement…

Les dirigeants m’ont mis sous pression, sans savoir vraiment le fond de l’histoire. J’ai été entendu par les enquêteurs, j’ai répondu à leurs questions et, très vite, ils m’ont mis hors de cause. Le club s’est emballé, c’est mon plus gros regret aujourd’hui. Toulouse n’a pas été très clair avec moi. Je pensais que cela allait se terminer autrement, que le club allait prendre du recul sur tout ça.

En voulez-vous au président Olivier Sadran qui semble avoir pris la décision ?

À Toulouse, il y a eu beaucoup d’affaires extra-sportives, il a voulu faire un exemple et c’était plus facile de le faire avec un jeune qu’avec un cadre. Il a saisi l’opportunité pour montrer que son club ne faisait pas de cadeau. C’était facile. Si j’avais mis dix buts dans la saison, jamais il ne m’aurait fait ça, j’en suis persuadé. Depuis, j’ai un esprit revanchard. J’ai envie de leur montrer qu’ils ont fait une erreur.

Avez-vous regardé le calendrier en début de saison ?

Bien sûr. (Sourire.) J’ai hâte de jouer contre eux. C’est un match qui peut leur montrer qu’ils se sont trompés. J’attends ça avec impatience. »


EN BREF

21 ANS

⬛ 2016 : le 10 septembre, il fait ses débuts professionnels en L 1 avec Toulouse, son club formateur, contre Bastia (2-1). En tout, avant de s’engager avec Reims en juillet 2017, il avait participé à quatre matches (67 minutes).

SADRAN : « AUCUN COMMENTAIRE » Contacté au sujet de Mathieu Cafaro, Olivier Sadran a semblé, dans un premier temps, confondre avec un autre joueur formé au club puisqu’il a évoqué « un choix qui a été fait à un instant T par les responsables sportifs de l’époque. Je lui souhaite le meilleur et le même avenir qu’un Ribéry ou Valbuena ». Une fois le contexte resitué, et en particulier judiciaire, le patron du club toulousain a lâché : « Je ne ferai aucun commentaire ».

 

2018 / 2019

CALENDRIER

2018/2019

CLASSEMENT

Suivez l'actualité du TFC

ACTUALITE

2018/2019

EFFECTIF

2018/2019

TRANSFERTS

2018/2019

STATISTIQUES