Menu

Fil de navigation

Recherche

YOHANN HAUTBOIS pour L'Équipe

 

Interview

Engoncé dans sa doudoune orange, Max-Alain Gradel a été saisi, comme la cité toulousaine et son Stadium, par le froid. La tête rentrée dans les épaules, le corps glissant dans le fauteuil violet du studio télé du TFC, l’international ivoirien s’exprime, au début, avec un petit filet de voix sur son très bon début de saison (8 buts, 4 passes), avant de se redresser puis de s’animer au moment d’évoquer son brassard de capitaine, une première à trente et un ans. On l’imaginait plutôt dans le rôle d’un soliste, égoïste de ses stats ? Alain Casanova l’a choisi pour son exemplarité et son implication et si le Toulousain ne le dit pas, il en est très fier.

« Le brassard de capitaine que vous portez depuis le début de saison vous a-t-il changé ?

Personnellement, non. Cela n’a rien changé sur le terrain, je joue de la même manière que l’an passé. La seule différence, c’est que je dois signer la feuille de match avant (sourires). J’aime toujours autant prendre le jeu à mon compte, avoir la pression, assumer mes responsabilités. Le brassard ne change rien.

Sur le terrain, peut-être, au niveau du statut, dans le regard des gens ?

Comme capitaine, je dois faire attention à ce que je dis. Il faut faire attention à tout, tout, tout… On est à la tête d’une équipe, d’un club. Même quand on est énervé sur le terrain, que les choses ne se passent pas bien, je dois me maîtriser. Sur ce point, je suis très content d’être capitaine car cela me permet de parler à l’arbitre. Je le faisais déjà énormément avant mais, souvent, les arbitres me répondaient : “Non, je ne parle pas avec vous, vous n’êtes pas le capitaine.” Maintenant, ils m’écoutent, me prennent en considération, c’est un vrai point positif.

Aimez-vous vous sentir important, différent, au sein d’un groupe ?

Oui, j’aime me sentir important dans un club, ça compte, mais par les stats, les points qu’on offre à son équipe. Il ne suffit pas de se pointer avec le brassard de capitaine et de dire “je suis le capitaine”.

Comment Alain Casanova a-t-il abordé le sujet avec vous l’été dernier ?

C’est allé assez vite. Pendant la préparation estivale, il m’a dit qu’il comptait énormément sur moi et avant le premier match amical, il m’a donné le brassard. Au préalable, on en avait parlé et je lui avais dit que cela m’intéressait, que c’était important que je partage mes idées, qu’elles soient considérées. Je n’attendais pas forcément le brassard, mais d’avoir une place importante au sein du club car je ne venais pas à Toulouse pour jouer les seconds rôles. Je n’avais pas peur d’assumer ça, de me mettre en avant, brassard ou pas.

Parlez-vous plus dans le vestiaire ?

Non, sauf quand le coach me demande mon avis. Si j’ai quelque chose à dire, si je dois râler, je le fais. Pour vous dire, l’an dernier, je me prenais plus la tête, je gueulais plus même si je n’étais qu’en prêt. Certains capitaines sont plus dans l’engagement, dans les cris comme Cahu (Yannick Cahuzac), d’autres plus calmes, discrets, d’autres encore sont des leaders techniques, comme Zidane, ou aujourd’hui Messi avec sa sélection. Je me vois plus comme ça.

On ne vous imagine pas gueuler…

Il est là le piège parce que je le fais(rire) ! Je suis un capitaine qui montre plutôt qu’un capitaine qui parle. Dire aux autres ce qu’il faut faire sans jamais montrer, c’est compliqué. Un vrai leader est exemplaire, il montre la voie sur le terrain et les joueurs intelligents suivent. À Toulouse, le coach parle avant les matches, parfois il me demande de dire un petit mot, mais je n’en ressens pas toujours le besoin. Si cela ne va pas, s’il faut se lever pour protéger le groupe, je le ferai, pas de souci. Il faut encourager au bon moment, ne pas parler pour parler. Il faut sentir les choses, parfois il faut laisser passer certaines choses, savoir gérer. Après Marseille (1re j.), alors que j’étais capitaine, tête d’affiche (du mercato), on prend 4-0 directement, il a fallu trouver les mots, les bons mots pour ne pas que chacun parte de son côté. Il faut dire les choses telles qu’elles sont et à Marseille, c’était inacceptable, on ne pouvait pas rendre unecopie pareille.

Pourquoi n’avez-vous jamais été capitaine auparavant ?

À Leicester (2005-2009), j’étais trop jeune. ÀLeeds(2009-2011), j’ai porté le brassard en cours de match. À Bournemouth (2007-2008 puis 2015-2018), on en avait parlé avec l’entraîneur mais il préférait choisir un défenseur central ou un milieu défensif. À Saint-Étienne (2011-2015), il y avait Loïc Perrin, indétrônable (rires).

Quels capitaines vous ont marqué ?

Il y en a trois. Loïc Perrin justement, vraiment un monstre, un leader en tout, il est prêt à mourir pour l’équipe. Didier Drogba, en sélection, pour sa combativité : il montrait toujours l’exemple. On savait qu’on pouvait compter sur lui, qu’il pouvait nous gagner un match et cela nous rendait sereins. Yaya Touré, capitaine en 2015 lors de la CAN (remportée par la Côte d'Ivoire),un vrai chef, calme lui aussi, mais il nous mettait en confiance, à l’aise, avant les matches. On était prêts à aller au combat avec lui. Si vous êtes dans une équipe et que le capitaine n’a pas la carrure, cela joue sur les résultats. Je n’ai jamais douté de mes capacités à tirer le groupe vers le haut.

Ressentez-vous ça dans le regard de vos coéquipiers ?

Oui, je le sens pendant le match et c’est important. De nature, je suis un leader, on ne peut pas me dire le contraire. Depuis tout petit, j’ai toujours pris mes responsabilités vis-à-vis de ma famille et elle est très grande ! À dix-sept ans, j’avais signé pro en Angleterre et je commençais à prendre soin de ma famille, de mes grandes sœurs. J’ai toujours été leader dans la vie et cela me sert à gérer cette pression liée au football.

À Leeds, en 2010, vous aviez été expulsé lors du dernier match décisif pour la montée en Championship (D 2 anglaise) contre Bristol Rovers mais vous aviez refusé pendant longtemps de quitter le terrain. Comment réagiriez-vous, aujourd’hui, comme capitaine face à une telle situation ?

Ce jour-là, notre capitaine (Jermaine Beckford) a eu le comportement d’un vrai leader car ses mots m’ont calmé et m’ont donné envie de sortir du terrain. Mes autres coéquipiers essayaient de m’attraper, de me tenir, ce qui n’avait fait qu’aggraver les choses parce que j’étais très énervé. Lui est arrivé calmement et m’a dit : “Il faut qu’on gagne ce match pour monter. Je sais que tu n’es pas content mais on ne peut plus rien y faire. En revanche, on ne peut plus perdre de temps et ce match, on va le gagner pour toi.”Du coup, il m’a fait réfléchir et je suis sorti en courant. On a gagné 2-1 et il a marqué ! J’ai appris de lui. »

 

EN BREF

31 ANS (CIV)

1,75 m ; 70 kg. Attaquant. Club : Toulouse. 63 sélections, 10 buts avec la Côte d'Ivoire.

⬛ 2015 : le 28 janvier, son but face au Cameroun (1-0) permet à la Côte d'Ivoire de se qualifier pour les quarts de finale de la CAN, remportée quelques jours plus tard par les Éléphants.


71

Le pourcentage de buts sur lesquels il est impliqué cette saison avec Toulouse (8 buts, 4 passes), ce qui en fait le joueur le plus influent en Ligue 1.

2019 / 2020

CALENDRIER

2019/2020

CLASSEMENT

Suivez l'actualité du TFC

ACTUALITE

2019/2020

EFFECTIF

2019/2020

TRANSFERTS

2018/2019

STATISTIQUES