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NATHAN GOURDOL pour L’Équipe

 

FFF

Sanctionnée pour deux retards avant le premier match de la Coupe du monde, Valérie Gauvin a connu un parcours accidenté pour atteindre son rêve : les Bleues.

NICE – Elle est entrée dans cette Coupe du monde par un échec, mais a fait face. Alors qu’elle pensait commencer le match d’ouverture au Parc des Princes, Valérie Gauvin a appris son statut de remplaçante, pour défier la Corée du Sud vendredi (4-0), juste avant de partir de l’hôtel. Deux retards dans la semaine ont eu raison de la confiance que lui avait toujours maintenue Corinne Diacre, qui a expliqué de son côté que ce choix était tactique. Parfois décrite comme timide, celle qui a fêté ses vingt-trois ans le 1er juin a assumé, là où beaucoup auraient tourné les talons en se présentant devant la presse, pour reconnaître sa « faute ».

Auteure d’une bonne entrée, la Montpelliéraine a confirmé qu’elle était déjà passée à autre chose dès le lendemain, en claquant trois buts à l’entraînement lors du match des « coiffeuses » contre un panaché de joueuses des moins de 20 ans et de D2 de l’OGC Nice. Elle est comme ça Valérie Gauvin, jamais abattue et toujours prête à rebondir. Son parcours le prouve.

Si tout le monde, L’Équipe y compris, la qualifie souvent de Réunionnaise, la formulation n’est pas totalement complète.

Quand vous lui demandez où se trouvent ses attaches, la native de Sainte-Clotilde (La Réunion) répond, du tac au tac, qu’elles se situent dans le Gers, le département où sa mère s’est installée alors que Valérie n’avait que quatre ans et demi. La jeune femme n’a que peu de rapport avec son père, un ancien footballeur réputé sur l’île, et souhaite en parler le moins possible.


Elle manque le tournoi des Petits As pour un match de foot

Elle aime la Réunion, mais n’a que rarement l’occasion d’y mettre les pieds : «J’y suis allée l’été dernier mais cela faisait quatorze ans que je n’y étais pas retournée, j’étais en CE1 la dernière fois. » Avec sa mère et sa demi-sœur, trois ans plus jeune qu’elle, c’est donc dans le Sud-Ouest qu’elle a trouvé ses racines, elle, le « garçon manqué » assumé, amoureuse de « tous les sports ». Son cœur a longtemps balancé entre le foot et le tennis, mais le ballon a pris l’ascendant à l’adolescence, quand elle a manqué l’occasion de participer au tournoi des Petits As (l’équivalent du Mondial chez les moins de 14 ans en tennis) pour privilégier un match de foot, finalement annulé.

De son premier entraînement à Mirande (Gers) jusqu’au plus haut niveau, la jeune Valérie a dû slalomer entre les embûches, mais a toujours répété qu’elle serait un jour en équipe de France. Son destin a basculé une première fois, lors d’une détection au Stadium, en juin 2008, où Claude Neriny, alors éducateur chez les moins de 13 ans du Toulouse FC, flaire son talent. « Elle était parmi les gamines qui ressortaient, se souvient-il. Mais quand j’en ai parlé à mon directeur sportif, il a regardé de très loin et m’a dit que non, ça ne le faisait pas forcément. Mais comme je n’avais pas le compte de dix-huit joueuses qu’il me fallait, il m’a dit de faire le plein. C’est comme ça que j’ai récupéré Valérie, in extremis. » Le technicien se souvient d’un caractère à part : « Elle était plus jeune que les autres, donc forcément moins mature, mais avec une volonté incroyable. Elle était toujours à fond. On faisait des exercices en plus, du spécifique, elle demandait toujours plus. »

“Je lui ai dit : « Si tu veux l’équipe de France, il faut perdre des kilos »,
DORIS GAUVIN, SA MÈRE

À cette époque, la jeune fille tente d’aller en internat, en sport-études à Auch, en classe de 5e, mais l’éloignement avec sa mère est trop compliqué. Elle décide, au bout d’un mois, de faire l’aller-retour jusqu’à son domicile tous les jours, quitte à enquiller les journées interminables. Entre Valérie et sa maman, Doris, qui a accumulé les kilomètres pour permettre à sa fille de mener à bien son rêve, la relation est toujours aussi forte aujourd’hui, avec trois ou quatre coups de fil quotidiens. « Elle a toujours été derrière moi à me pousser, glisse la joueuse. J’étais et je suis très susceptible, mais elle me dit tout. » « Si je n’étais pas là, elle ne se- rait peut-être pas arrivée jusqu’ici », reconnaît Doris Gauvin.

D’abord meneuse de jeu – et même gardienne à l’occasion pour le bien du collectif –, la joueuse basculera en pointe à treize ans. Grosse frappe, vision de jeu, volume, le phénomène est rapidement visible, mais son ascension va être freinée par ses rondeurs. « J’ai été franc avec elle, avec sa mère aussi, il fallait faire gaffe au niveau de l’alimentation », se souvient Neriny. Si les discours de ses entraîneurs, et notamment celui de l’équipe de France des moins de 16 ans, Guy Ferrier, la font réfléchir, Gauvin assure avoir décidé de son régime seule : « Un an avant que j’entre au lycée, j’ai pris conscience qu’il fallait que je m’affine. J’ai perdu sept kilos en un mois et demi. Je courais au mois d’août, le midi, avec un K-way. Pour aller loin, je savais qu’il fallait que je perde. » « Je lui ai dit : “Si tu veux l’équipe de France, il faut perdre des kilos”, se souvient sa mère. Elle n’a pas cogité longtemps. Je la suivais partout, même quand elle allait faire ses tours d’hippodrome pour suer. Maintenant ce n’est plus la peine de lui parler de cette époque, elle veut garder sa ligne. »

La maman se marre quand on met en doute les bienfaits de sa cuisine : « Chez nous, on mange du riz, le midi et le soir. Moi, pour qu’elle soit bien, je lui donnais une grosse assiette de riz. C’était un peu trop. » Aujourd’hui, Doris Gauvin n’ose plus crier « vas-y ma poule » quand elle regarde jouer sa fille. Mais elle n’oublie rien, se souvient quand les portes de l’INF Clairefontaine se sont fermées parce que « Valérie était un petit peu ronde ».

Avec Toulouse et au pôle Espoirs de Blagnac (Haute-Garonne), Gauvin a grandi loin du cadre fédéral, avant d’exploser lors de la saison 2013-2014 avec 32 buts en D 2 pour faire remonter Toulouse dans l’élite. « Dans la Dépêche du Midi, on la nommait la petite Ronaldo, c’est à partir de là que les recruteurs ont vraiment commencé à la regarder, et les équipes de France également », se rappelle Neriny. Guingamp et Montpellier sont les deux clubs les plus intéressés, et Valérie choisit le MHSC, malgré la forte concurrence. « À Montpellier, il y a le soleil, c’est pas trop loin de chez moi. Guingamp, elle avait peur d’avoir trop froid », s’amuse Doris Gauvin. Dans l’Hérault, l’attaquante a fait ses preuves en D 1, même si elle regrette de n’avoir pas plus souvent débuté sous les ordres de Jean-Louis Saez (15 matches de D 1 cette saison, mais seulement 8 titularisations sur 22 possibles).

 

“J’ai donné le meilleur de moi sur le terrain, dans la combativité, tout ce qu’elle me demandait, j’ai fait le maximum,
VALÉRIE GAUVIN, À PROPOS DES CONSIGNES DE CORINNE DIACRE, LA SÉLECTIONNEUSE DES BLEUES

Mais, là encore, elle n’a jamais lâché. Des clubs allemands et anglais la suivent, alors que son contrat court jusqu’en 2021. Gauvin, elle, est déterminée à marquer de son empreinte ce Mondial. Celle qui ne comptait qu’une seule sélection en 2015, avant l’arrivée de Corinne Diacre, a marqué dix buts en dix-neuf matches sous les ordres de la sélectionneuse. « J’ai donné le meilleur de moi sur le terrain, dans la combativité, tout ce qu’elle me demandait, j’ai fait le maximum, détaillait-elle au moment d’expliquer comment elle s’était imposée dans les plans de Diacre, malgré son statut de remplaçant face à la Corée du Sud. Physiquement j’ai tout donné, au début je finissais les matches avec des crampes, au niveau des quadri, des ischios… C’est cet état d’esprit qui a permis qu’elle me fasse de plus en plus confiance. »

La comparaison avec Olivier Giroud, qui a toujours eu un statut particulier aux yeux de Didier Deschamps, malgré une défiance des suiveurs et une place de titulaire pas assurée en club, est évidente. Les points communs entre les des deux pivots de l’équipe de France sont nombreux dans le jeu également, et la joueuse préfère en sourire. Elle sait en tout cas que sa vie va changer pendant ce Mondial : « C’est sûr que je ne serai pas la même avant et après. Je me pose toujours la question. Mais je n’y pense pas trop parce qu’il ne faut pas. »

 

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