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Johan Tabau pour France Football

 

Ligue1

Escorté de son étiquette de gardien précoce, le néo-Nantais est revenu d’Italie pour accélérer son ascension. À condition, peut-être, de muscler son jeu.

 

« Ça se déroule comment quand on débarque et qu’on doit gérer une nouvelle défense ? Du haut de vos vingt ans, vous arrivez à gueuler sur des mecs plus expérimentés comme Pallois, par exemple ?

Forcément, quand t’as des joueurs plus âgés devant toi, c’est différent. Après, sur le terrain, je ne fais pas la différence. Je ne fais pas attention à ça. On essaie de dire les choses comme il faut pour que ça se passe le mieux possible. Après, en dehors, il y a du respect. S’il faut engueuler, je le fais. Si c’est pour le bien de l’équipe, on oublie les âges, les histoires, les palmarès... Tout ça, on le zappe. Il faut s’imposer et faire ce qui est le mieux pour cette équipe.

Dernièrement, à Lyon, vous avez eu la main chaude. Y a-t-il des moments où l’on se sent invincible dans sa tête quand on est gardien ?

C’est un sentiment assez particulier. Il n’y a que les gardiens de but qui peuvent le décrire. (Il réfléchit.) Je dirais plutôt que t’as le sentiment d’être en forme. Tu vas sur des ballons sur lesquels tu ne serais jamais allé dans un autre match. Invincible ? Je ne sais pas... Mais tu te sens bien. J’ai ressenti ce truc-là à Lyon, c’est vrai. T’as des anticipations inexplicables.

Le début de saison a été compliqué pour vous. Le déclic, c’est le penalty arrêté contre Rennes dans le derby (1-0, 7 e journée) ?

Déclic, non, je ne pense pas. J’ai réussi à arrêter le penalty et j’étais très content. Forcément, ça m’a fait gagner de la confiance. Mais moi, je m’entraîne dur tous les jours, et faire de bons matches, c’est le fruit de mon travail. Ce n’est pas une fin en soi d’arrêter un penalty. Ce n’est pas sur un match qu’on juge un gardien, c’est sur une saison, voire sur plusieurs années. À moi de continuer.

Pourquoi avoir choisi le FC Nantes ?

J’avais une envie de rentrer en France. C’était un choix personnel par rapport à plusieurs données. J’ai vu l’opportunité du FCN arriver et j’étais heureux. J’ai beaucoup discuté avec le président et la direction. J’ai senti beaucoup de confiance et un beau projet. On connaît tous le palmarès du club, ce qu’il représente en France. C’est un club qui est très structuré, avec de bonnes personnes qui aident au maximum les joueurs. Ça aussi, ç’a beaucoup compté, et on connaît aussi le public et le stade. Il y a une magnifique ambiance.

Ça ressemble tout de même à un vrai pari au vu de l’instabilité de ces dernières saisons, non ?

Non, je n’ai pas eu de crainte. Quand on change de club, on a toujours de petites appréhensions. Mais voilà, je suis un compétiteur, et dans chaque club, j’essaierai de donner le maximum.

Vous avez déclaré en arrivant cet été : “J’arrive à Nantes avec des objectifs en tête.” C’est quoi ces objectifs ?

(Rire gêné.) C’est assez personnel... Je préfère les garder pour moi et mes proches. Je sais où je veux aller et ça prendra le temps qu’il faudra.

Êtes-vous déçu par votre saison passée à la Fiorentina ?

Non, je ne suis pas déçu de mes performances (34 matches de Serie A). C’est plutôt un collectif qui a mal tourné vers la fin (seizième), car au début de saison, c’était vraiment pas mal. Mais il y a eu des problèmes avec la direction, qui allait changer, donc ce n’était pas évident pour moi et les autres, même s’il y a eu plein de matches où je me suis senti bien.

Pourquoi ne pas être resté ?

Car j’éprouvais surtout cette envie de rentrer en France pour plusieurs raisons. Je suis très content d’être là.

Qu’est-ce qui a fait que ça n’a pas collé avec la Fiorentina ? Le contexte ? La langue ?

D’un point de vue sportif, j’ai bien vécu cette année à l’étranger. Il y a pourtant des choses qui faisaient que je ne me sentais pas très, très bien. Mais après, c’est plus personnel et je n’ai pas envie de le raconter. J’en ai parlé avec mes proches, et ce départ était prévu depuis un moment déjà...

Quelque chose qui touche à la sphère privée ?

Je n’ai pas envie d’en parler.

Quand on vous avait vu partir l’an passé, on s’était dit : “Lafont est lancé, ça y est.” Comment avez-vous vécu ce retour à Nantes ? Le prenez-vous comme une régression ?

Non, je ne dirais pas cela. J’avais vraiment ce besoin de rentrer en France pour continuer ma progression. Je pense que ça fait partie de mon apprentissage. Ça me rendra plus fort.

Étiez-vous trop jeune pour partir à l’étranger ?

Non, je ne pense pas. C’était un bon choix pour moi. Mais il fallait que je rentre en France et ça s’est fait assez naturellement.

On parle de jeunesse, mais avec plus de cent matches en L1, vous faites déjà partie des plus chevronnés, à seulement vingt ans...

Ce n’est pas évident d’avoir commencé aussi tôt, à seize ans. J’étais très bien encadré au TFC. Mes proches, aussi, m’ont bien aidé. Quand on est au centre de formation, de toute manière, on est un peu préparé à jouer en professionnel. C’est l’objectif de tout le monde. J’étais déjà prêt.

Vous n’êtes pas frustré à l’idée de ne pas avoir pu vivre votre jeunesse ?

Je ne suis pas le seul. Il y a beaucoup de jeunes qui partent très tôt et qui n’ont pas la chance d’avoir la même enfance que tous les autres. C’est pour ça que le football est un sport très difficile. Mais ce sont des sacrifices à faire et je ne regrette rien de ce que j’ai fait. Je ne regrette rien de mes choix. C’était vraiment un objectif pour moi d’être professionnel et je ferais ce choix-là mille fois si je devais le refaire... Il faut vraiment avoir cette passion pour le football et ne penser qu’à cela pour réussir.

On ne les envie pas un peu les copains qui sont libres de faire ce qu’ils veulent ?

Ce n’est pas évident, mais il y a des choix à faire. Forcément, quand t’es jeune et que tu vois tes potes faire ce qu’ils veulent, profiter, sortir... Ce n’est pas facile mais je n’avais qu’un seul objectif en tête et je ne pensais à rien d’autre. Je ne suis donc pas déçu.

Vous vous l’êtes fixé quand, cet objectif ?

Très jeune. C’était une évidence pour moi. Depuis tout petit, je rêvais de faire cela. Voilà, après, il faut essayer de le mettre en pratique et pas qu’essayer seulement. Il faut aussi réussir.

Racontez-nous votre première, à seize ans. Émotionnellement, ce devait être une sacrée charge, non ?

J’avais signé professionnel un mois avant. Ils avaient fait venir mon père à Toulouse pour en discuter avec le président (Olivier Sadran), pour voir comment je me sentais par rapport à tout ça... Mon père le savait et moi non !

Il ne vous avait rien dit ?

Non ! Toute la semaine est passée et je me suis entraîné avec les pros. On jouait le samedi, et le vendredi, on me dit que je suis dans le groupe. J’étais déjà choqué mais très heureux. Il y avait Issa Diop avec moi. C’était important d’avoir quelqu’un de proche avec soi. Je pensais que je serais remplaçant. Le lendemain, j’ai appris que j’allais commencer. J’étais stressé mais c’était du bon stress.

Ça donne quoi quand on se dirige pour la première fois vers sa cage ?

Quand tu es sur le terrain, t’essaies de ne pas faire attention à tout ça. Quand je rentre, je me dis : “Donne le meilleur de toi-même et ça va le faire.”

Mais, à l’intérieur, ça doit un peu bouillir, cela doit être difficile de faire abstraction de tout ça ?

Sur le coup, j’y suis arrivé et ça s’est fait tout seul. Je n’ai pas eu besoin de me forcer.

C’est dans votre nature de rester impassible ?

J’essaie d’être carré. Il faut que je travaille toujours plus pour être encore plus concentré. En tout cas, j’essaie de l’être au maximum afin d’être rassurant pour l’équipe.

Comment avez-vous vécu l’enflammade médiatique après vos premières minutes en L1 ?

Ce n’était pas simple à gérer. Après, qu’on parle en bien ou en mal de toi, il faut savoir garder les pieds sur terre. Pour ça, je pense qu’il faut avoir un bon entourage qui sait bien te guider. Et qui sait te dire quand ça va et, par-dessus tout, quand ça ne va pas. J’ai de la chance avec mon père qui m’a beaucoup aidé et guidé dans ce que je voulais faire. Grâce à lui, j’ai pu garder la tête froide et rester concentré sur mes objectifs.

Quels conseils vous a-t-il prodigués précisément ?

Des conseils de tous les jours. “Voilà, tout va bien.” “Là, ça va un peu moins bien, il faut que tu sois plus dedans.” Des conseils d’un père à son fils. C’est pas grand-chose, mais c’est important. Des petits mots semés par-ci par-là qui font du bien quand tu les entends. Quand ça n’allait pas, je l’appelais et il me calmait : “Non, tu devrais pas réagir comme ça.” Au quotidien, ça m’a aidé.

Vous trouvez que les gens se sont trop vite montés la tête avec vous ?

Non, je ne le pense pas. Après, c’est toujours comme ça quand un jeune commence tôt, on parle beaucoup de lui. Il faut savoir vivre avec et rester concentré sur le terrain parce que c’est ça, le plus important. Pas qu’on parle de toi.

Elle vous fatigue, cette étiquette de précoce ?

Ce n’est pas une étiquette qui me dérange plus que ça. C’est anecdotique. Ça fait partie de ma carrière. Tant mieux pour moi d’avoir eu la chance de commencer aussi jeune. Mais j’espère que d’autres battront ce record.

On en oublierait que vous n’avez que vingt ans...

C’est vrai... C’est un peu le revers de la médaille. On le ressent comme ça. Après, sur le terrain, on ne fait pas attention à l’âge.

Vous vous considérez comme quoi ? Encore un espoir ? Un joueur confirmé ?

Comme un jeune joueur en apprentissage, qui essaie d’emmagasiner de l’expérience, de progresser au maximum pour arriver au top.

Vous vous dites qu’il faut parfois se faire violence pour cela ?

Oui, j’ai envie de m’affirmer en tant qu’homme, déjà, et en tant que footballeur, aussi. On sait que gardien est un poste très important. J’essaie de m’affirmer le plus possible. Ça viendra au fil des années et au fil de mon expérience.

Il vous manque quoi encore pour y arriver ?

(Rires.) Du temps, tout simplement ! Des matches, du vécu et ça viendra naturellement...

Et en tant qu’homme ?

(Gêné.) Waouh, je ne sais pas... Avoir toujours plus de respect pour les autres, si on me demande des conseils, de filer des coups de main, d’aider les personnes en difficulté. C’est important d’avoir un fil conducteur dans la vie. Ça permet d’être droit dans ce que tu fais.

Vous considérez-vous comme quelqu’un de trop timide ?

Timide avec les gens que je ne connais pas, oui. Avec mon cercle proche, forcément, je me lâche un peu plus. Timide... (Il temporise.) Je ne sais pas. J’éprouve du respect, j’ai été élevé comme ça. Parfois, on pense que je suis effacé, mais non. J’ai un certain respect qui fait que l’on peut penser ça, mais pas du tout.

Cet été dans FF, Jérôme Alonzo a déclaré : “Alban doit devenir méchant.” Il est trop gentil, Alban ?

Non, non, non... Je ne suis pas trop gentil. J’arrive à être méchant quand il le faut. Mais c’est vrai que je dois bosser sur ce point aussi. Il n’a pas complètement tort. Il faut que je sois plus méchant, plus agressif, et ça me permettra d’être encore meilleur. Je pense que ça fait aussi partie de mon apprentissage. Ça viendra.

Surtout pour un gardien ! C’est essentiel, la plupart...

(Il coupe.) Ouais, ils sont fous. (Rires.)

Ce petit pète au casque, vous ne l’avez pas encore, comme un Anthony Lopes ou un Fabien Barthez...

On dit souvent qu’il faut être fou pour être à ce poste, c’est vrai.

Vous êtes fou vous aussi ?

Euh... ouais, à ma manière, je suis un peu fou. On l’est tous un peu, non ? C’est quelque chose qu’il faut que je travaille. Être plus méchant.

Vous voulez dire quoi par là ?

Après, je ne dis pas méchant dans le sens taper sur tout le monde, hein ! (Rires.) Méchant dans le sens... voilà... déterminé dans ce que je fais. Il faut que quand je sors, par exemple, j’y aille plus franchement, quitte à faire faute. Que je sois déterminé dans mes choix et que ça se ressente.

Vous pensez vraiment que ça se travaille ?

Ouais... Ça marche aussi avec la confiance. Plus t’as de confiance, plus t’as envie de faire des choses qui te sont propres. T’es moins sur la retenue et ça se travaille à l’entraînement.

L’agressivité, c’est peut-être le petit truc qui vous manque pour toquer chez les Bleus. Derrière Lloris, personne ne s’impose. Vous pensez avoir votre chance un jour pour la sélection ?

En France, il y a beaucoup de très bons gardiens. Après, avoir ma chance... (Il temporise.) À moi de le prouver. J’ai encore beaucoup à progresser pour y arriver. Je bosse pour ça. C’est un objectif pour moi d’arriver chez les A. Je ne suis pas pressé, mais je travaille pour ça.

Mais vous le voyez tout de même bien qu’il existe une brèche dans l’après-Lloris.

Je vois, mais c’est le choix du sélectionneur. Lloris est là, il est en place. Il est très bon. Après, c’est aux gardiens derrière de se bouger pour prétendre à une place de numéro 1.

Il n’est pas si anodin ce retour en France. Il y avait donc du bleu derrière la tête ?

Ouais, ouais... Ça faisait partie de ma réflexion. Bien sûr que j’y ai pensé.

Vous avez également la nationalité burkinabè, autrement, si vous n’êtes pas convaincu pour l’équipe de France...

J’ai beaucoup de respect pour le Burkina Faso. (Il est né à Ouagadougou.) Ils ont été très corrects avec moi, mais pour moi, ç’a été très clair depuis le début, c’est l’équipe de France et rien d’autre. Je regardais tout le temps les Bleus avec mon père. Pour moi, ça ne changera pas.

Vous vous voyez où dans cinq ans ?

Ah ça... Je ne sais pas du tout. J’espère être heureux dans ma vie. Épanoui. Faire ce que j’aime, c’est-à-dire jouer au football. Au plus haut niveau toujours. Espérons-le.

On arrive à avoir une vie de jeune quand on a votre parcours ?

Ouais, c’est pas évident pour nos familles avec les matches, les déplacements, les émotions différentes qu’on peut ressentir. C’est stressant une carrière. C’est pour ça que c’est très important de couper pour se vider la tête et revenir encore plus frais.

Vous faites quoi à côté du foot ?

Bon, j’avoue, je regarde beaucoup de matches. (Rires.) Mais on n’a pas trop de temps parce qu’on a des interviews, des shooting photo, des déplacements... Il faut essayer de se faire violence pour voir autre chose. J’aime bien le cinéma, traîner avec mes potes, faire des choses avec mon frère...

La vie d’un garçon de vingt ans, quoi ?

À peu près, oui. À quelques détails près. (Rires.) Ah oui, en parlant des à-côtés, la dernière fois, je suis allé voir un match de boxe de Tony Yoka, c’était très sympa.

Parfait pour être plus méchant sur le terrain...

(Rires.) Non, je n’ai même pas eu la chance de lui parler, mais j’y penserai. »


Bio express

Alban Lafont

20 ans. Né le 23 janvier 1999, à Ouagadougou (Burkina Faso). 1,93 m ; 82 kg. Gardien. International Espoirs (1 sélection).

Parcours

EF Ouagadougou (BUF, 2005-2008), Lattes (2008-2014), Toulouse (2014-2018), Fiorentina (ITA, 2018-19) et Nantes (depuis juillet 2019).

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Néant.

 

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