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Timothé Crépin pour France Football

 

Ligue1

Attaquant du Toulouse FC, Yaya Sanogo revit sur les bords de la Garonne. Loin d'un statut qui devait l'emmener très loin, certes, mais avec une confiance retrouvée qu'il espère mettre à profit pour rattraper le temps perdu. Entretien en toute franchise.
Yaya Sanogo, c'est un parcours (très) cabossé. Un statut d'espoir du foot français parfois lourd à porter. Un départ très tôt vers Arsenal. Puis différentes sorties de routes pour finir par se perdre, avec ces foutues blessures qui ne l'ont que trop rarement laissé tranquille. Pendant 37 minutes, le joueur du Téfécé a pris le temps de rembobiner certaines douleurs. La discussion aurait pu durer plusieurs heures. Plus qu'une interview, FF.fr vous propose cette discussion sans filtre avec un gars bien, comme libéré de pouvoir faire son métier sans devoir passer fréquemment par la case infirmerie.

«Est-ce que la date du 27 janvier 2018 vous revient en tête ? Ce soir-là, vous marquez contre Troyes, en Ligue 1.
Oui, c'était le jour de mon anniversaire. Mon premier but avec Toulouse en Ligue 1 (NDLR : Au bout de 14 matches).

C'était le premier but que vous inscriviez dans un Championnat de première division européenne depuis le 6 novembre 2011, quand vous jouiez à Auxerre...
J'avais marqué en Ligue des champions (NDLR : Face au Borussia Dortmund, avec Arsenal, le 26 novembre 2014), mais oui, je n'étais pas au courant.

Au-delà de la date, était-ce le symbole d'un Yaya Sanogo qui reprenait enfin confiance ?
J'étais content. Surtout qu'on avait gagné 1-0. Désormais, depuis deux ans, je retrouve des sensations. Avec les galères et les grosses blessures que j'ai eues, rejouer au haut niveau, ça prouve que je peux être sur les terrains. Par le passé, j'ai été souvent arrêté et freiné dans ma progression. Ça fait deux ans que j'enchaîne pas mal de matches. Je continue de me développer. Au quotidien, j'essaie de travailler pour retrouver du plaisir et d'être performant.

À Toulouse, on a l'impression que la greffe prend bien entre vous et Antoine Kombouaré. Vrai ?
Ça passe bien avec le coach. Il est venu, il m'a parlé franchement. Quand il est arrivé, je pense que j'avais joué 20 minutes, pour une passe décisive. Il me dit : "Je vois que tu bosses bien. On va se faire confiance. Tu auras ta chance". J'ai répondu : "OK, pas de souci". J'ai été récompensé de mes efforts. En tout cas, la relation est bonne.

Peut-on aujourd'hui dire que vous l'avez retrouvé, ce plaisir ?
Oui, oui, oui, je l'ai retrouvé. À partir du moment où tu enchaînes quelques matches, que tu enchaînes les entraînements et que tu retrouves de la confiance, le plaisir revient naturellement.

On ose imaginer que cela a pu vous oxygéner l'esprit pour ne plus en permanence penser à ces blessures passées...
Oui, ça m'a donné beaucoup d'air, plus de tranquilité. Je suis devenu un peu plus serein. Quand vous êtes freiné très jeune par des grosses blessures, vous doutez.

Aviez-vous fini par avoir peur d'aller aux entraînements, aux matches ?
Non. Comme c'étaient des blessures longues et graves, c'était long et frustrant. Mais pas à ce point.

Quel moment restera inoubliable dans toutes vos galères ?
La fracture tibia-péroné (NDLR : En 2010, lors d'un match de CFA avec la réserve de l'AJ Auxerre). Parce que pour revenir... On m'avait annoncé un an. Tu reviens, tu fais un grand retour, tu signes à Arsenal. C'est très fort. Je l'ai eu à 17 ans. Ça freine ta croissance. Je suis très grand, j'ai eu plein de petits soucis, qui ont engendré d'autres soucis. C'est celle-là qui m'a le plus marqué. Elle m'a forgé dans tous les aspects, que ce soit footballistique ou mental.

Vous rappelez-vous encore de ce tacle ?
Oui, c'était contre Mulhouse. On revenait du Japon (NDLR : Avec l'équipe de France U19). Je suis revenu le jeudi et on a voyagé le samedi pour aller à Mulhouse. C'était à la fin du match. J'étais un peu fatigué. Vers la 80e minute, sur le côté, le gars me tacle et la jambe se pète en deux. J'ai senti que c'était pété dedans.

Lui en avez-vous voulu ?
Non, quand même pas. J'étais très frustré, dégoûté. À l'époque, on rêve de beaucoup de choses... (Il coupe.) Voilà, c'est ça. Je me suis dit que c'était ma première blessure, que ce serait vite fait (NDLR : Vite guéri), je reviens en cinq ou six mois et on oublie. Je ne savais pas que ça allait engendrer beaucoup de problèmes (NDLR : Une pubalgie handicapante est venue s'ajouter à la fracture). C'est pendant la blessure que je me suis dit : "Ah ouais, en fait, il m'a mis dans un traquenard".

Quels étaient les rêves du jeune Yaya Sanogo de l'époque ?
Je viens de loin, des Ulis, du 91. Je sais ce que j'ai vécu. Je voulais faire mon job au mieux. Rentrer sur le terrain, faire gagner mon équipe. Je n'avais pas de limites. Je n'avais pas de rêve ultime ou particulier. C'était en gros : "Joue, prend du plaisir et si tu es bon, tout viendra".

À quel moment sentez-vous qu'on commence beaucoup à parler de vous comme un grand espoir français ?
Quand je me suis blessé, je le sentais encore un peu, mais la blessure était plus longue que prévue. Il fallait surtout se demander comment j'allais revenir. Je ne connaissais pas quelqu'un qui avait déjà eu cette blessure. La sauce montait, mais je ne savais pas comment me sortir de cette merde, de cette blessure. Je me suis dit : "Travaille, travaille, travaille", rien que pour revenir au haut niveau. L'engouement, je l'entendais, mais sans y faire trop attention. Le plus important, c'était la santé. Finalement, ça a duré huit à neuf mois. J'étais en période de rééducation avec Hatem Ben Arfa à Clairefontaine. Là-bas, le staff médical a été top. Je voyais les sélections de jeunes, j'étais resté dans le cadre et ça me permettait d'être positif car on me disait : "Si tu reviens, tu vas réintégrer la sélection". Ça me donnait la force et la rage de bosser encore plus.

Arrive alors l'année 2013. C'est là que la lumière revient.
Exactement. Je suis bien revenu aussi grâce à Bernard Casoni. Il a repris le club après Jean-Guy Walemme (à Auxerre). Je reviens en novembre 2012 (NDLR : Après une nouvelle longue blessure). Le processus était que je prenne mon temps. Quand Bernard Casoni reprend le club, ça se passe plutôt bien. Moi, je commence à me sentir très bien avec l'équipe réserve. Il m'appelle dans son bureau. Il me met dans le groupe contre Niort juste avant les vacances de Noël pour me récompenser de mon travail. Il me fait entrer cinq minutes. J'ai réussi à marquer. Au retour de la trêve, il me dit qu'il y a beaucoup d'attaquants. On est quatre ou cinq. Je lui explique que je me sens très bien et qu'il faut qu'il commence à m'aligner. On a eu une discussion d'homme à homme. On joue un amical à Orléans où il me fait jouer tout le match, puis trois ou quatre autres d'affilée en Championnat. Je retrouve des sensations et le goût du haut niveau. Mais je n'avais pas marqué... Je jouais 90 minutes, je retrouvais du rythme. Il commence à me dire que ça fait cinq ou six matches que je n'ai pas marqué et qu'en gros... il faut marquer ! Je lui dis : "Ça va aller". On va à Laval. J'en mets quatre (NDLR : En 17 minutes ; victoire 5-4).
Il vient me voir et me dit : "Ah, j'ai compris ce que tu m'as dit" (Il sourit.). Je repars en sélection contre le Portugal. Pierre Mankowski m'avait dit : "Une fois que tu reviens (de blessure), je vais t'appeler". On joue, ça se passe bien (NDLR : Victoire 2-0). Le vendredi, on affronte Tours à Auxerre et je mets un triplé.

C'est la semaine la plus prolifique de votre vie, non ?
(Il sourit.) En termes de buts, oui ! Mon contrat arrivait à échéance. Et là, boum ! J'étais dans l'anonymat total, certaines personnes avaient pensé que j'avais arrêté. En une semaine, tu refais parler de toi aux yeux de tout le monde. Je ne dirais pas que c'est allé vite, mais je suis sorti d'un trou ! Pendant les blessures, des fois, tu n'as pas le moral. Un coup ça va, un coup ça va pas. Dans le foot, si tu lâches... Je n'ai pas lâché. Cette semaine, je ne suis pas près de l'oublier.

Une semaine qui s'enchaînera, quelques mois plus tard, avec un titre de champion du monde U20.
Ça, c'est aussi un moment... Pff... On ne l'oubliera pas parce qu'on était une bande de potes. Une vraie bande de potes. Aux entrainements, c'était du "high level". On prenait du plaisir à être ensemble et sur le terrain. Ça se voyait dans nos performances. Chacun avait son statut en club, mais personne ne voulait se montrer plus que l'autre. On était contents de jouer ensemble. C'était long. Pour aller jusqu'en finale, ça a duré un mois et demi. Mais on n'a pas senti le temps passer.

Six ans après, y a-t-il encore des liens de cette aventure ?
Oui. On se connaît depuis nos 16 ans. On se voit moins, on a pris de l'âge, chacun commence à faire sa vie, mais j'ai des liens avec Paul (Pogba), Geoffrey (Kondogbia), Kurt (Zouma)... Ça ne bouge pas. Ça a forgé quelque chose.

Derrière, vous vous envolez à Arsenal. Estimez-vous que c'était quelque chose d'inespéré ?
C'est allé vite, oui, par rapport à mon passé et la grosse blessure. Mais j'ai eu un entretien avec le boss (NDLR : Il désigne Arsène Wenger) qui est venu me voir après les matches de Laval et Tours. Et, dans son discours, comment il m'a parlé, c'était cohérent. Je savais que j'allais passer de la Ligue 2 à la Premier League en ayant été blessé plus d'un an. Dans ce sens-là, ça allait vite. Là, tu grilles les échelons. Mais, à ta place, qui ne l'aurait pas fait ?

Y avait-il des craintes ?
Je me pose plein de questions. Mais je me dis : "Ecoute, là, c'est le boss qui est venu te voir. Il t'a lui-même appelé. Tu es à Auxerre, dans ton trou, il veut te voir et il est intéressé". Je pesais le pour et le contre. Mais là, je pensais : "Là, l'intérêt, il est clair". Il m'a dit : "Écoute, je ne vais pas te dire que tu vas être titulaire. Tu as beaucoup à travailler, mais le profil me plaît. On connaît ta situation. Tu es libre. Si tu bosses bien, moi, je lance les jeunes. Tu pourras jouer. Et avec ton travail, tu vas voir que tu vas te développer sur beaucoup d'aspects". Voilà, il m'a raconté tout ça. Son discours était persuasif. D'autres clubs étaient intéressés. Il y avait Lille, avec Rudi Garcia, qui voulait faire un effectif très jeune. Mais quand j'ai vu le boss, mon choix était porté sur Arsenal. Je me disais : "OK, tu grilles les étapes, mais il faut tenter".

On sent chez vous un vrai respect pour Arsène Wenger, que vous nommez "le boss"...
Oui. Il m'a marqué sur tout. Pour faire ce qu'il a fait à Arsenal... Rester 20 ans... Et comment il façonne ses joueurs. Il ne met pas trop de pression sur les jeunes, mais dès qu'il te parle, il impose d'abord le respect, mais il faut très bien écouter ce qu'il te dit, car il ne parle pas beaucoup. Dans le peu de mots, tu sens la connaissance totale du football. Totale, totale, totale (Il sourit.). Il n'y a rien à dire. J'ai de l'admiration pour lui.

Vous restez un an et demi à Arsenal. Puis un prêt de six mois à Crystal Palace (10 matches de Championnat). Un autre prêt de six mois à l'Ajax (3 matches d'Eredivisie). Encore un prêt de six mois à Charlton en D2 anglaise (8 matches de Championship, 3 buts).
Une multitude de prêts...

Et enfin une saison avec seulement des matches avec les U23 d'Arsenal en 2016-17 : où se situe le point de départ de cette (re)descente aux enfers ?
Quand je demande à partir en prêt.

On est en janvier 2015, vous partez à Crystal Palace.
Je lui (NDLR : Arsène Wenger) demande à partir en prêt. Il me l'a dit un peu plus tard, mais je pense qu'il était déçu. Il a accepté difficilement. C'était "OK", mais il n'était pas très content.

C'était devenu trop long par rapport au temps de jeu que vous aviez (11 apparitions en Championnat en 18 mois) ?
C'était une question de patience. Il voyait que je progressais bien. Tu es dans un grand club avec des très grands joueurs, tu penses que ton heure va arriver à un moment ou à un autre. Il m'a dit que j'avais eu un déclic lors de la finale de Wembley (NDLR : En mai 2014, Arsenal remportait la Cup après prolongation face à Hull City ; Sanogo était entré à l'heure de jeu). Ça faisait 10 ans qu'on avait pas remporté de titre. À la fin du match, dans le vestiaire, tu vois les joueurs qui te font une haie d'honneur parce qu'ils estiment que j'avais été très décisif. Après le match, il (NDLR : Arsène Wenger) me dit que j'ai bien progressé et que, l'année suivante, j'aurais encore plus ma chance. "C'est dans les moments comme ça que je vois que tu bosses bien", me disait-il.

Ça n'a pas été suivi d'effets...
Ça bouillonnait en moi. Je voulais partir en prêt. Ce n'est pas que je voulais partir, mais je voulais jouer plus. D'où mon manque de patience. Je suis parti dans l'inconnu total dans des clubs où je ne savais pas si les entraîneurs me voulaient. C'est là que j'ai appris la façon dont se passaient les prêts. Je n'ai pas bien géré le truc. Et lui m'avait expliqué de ne pas partir en prêt. Mais, vous savez, quand on a 20-21 ans... Tu ne connais pas, tu veux juste jouer. Tu ne sais pas encore bien comment le monde du foot fonctionne. Tu n'as pas encore les codes. Du coup, ça s'est passé comme ça s'est passé. En plus avec des blessures. Et quand tu es là juste pour un prêt, on ne te considère pas de la même façon. Et tu n'as pas été spécialement bon quand on t'en a donné l'occasion.

Les mots de Ronald de Boer, entraîneur chez les jeunes de l'Ajax et frère de Frank, votre entraîneur à Amsterdam (six mois entre août 2015 et janvier 2016) ont-ils été très vexants ? Il avait déclaré dans la presse néerlandaise : "Quand je vois Sanogo, j'ai encore des doutes. Je n'ai toujours pas trouvé la moindre qualité avec laquelle on pourrait faire quelque chose."
Je l'ai laissé parler... Je n'ai pas joué. Mais ç'a été vexant, très vexant. Je ne lis pas la presse, ce n'était pas mon pays, je ne calculais pas spécialement. C'est surtout qu'il ne m'a pas parlé en face-à-face. J'aurais voulu qu'il vienne me parler d'homme à homme. Il a voulu faire ça via la presse, ça ne regarde que lui.

Quand vous arrivez à Charlton, vous redescendez alors en deuxième division, arrive-t-il un moment où on se décourage ? Pour finir par se dire : "Je n'y arriverai pas" ?
Non, pas à ce point-là. Mais tu te dis que ça commence à faire long, que tu bouges beaucoup. Tu es là, là, là... Ça fait beaucoup. Il faudrait plus ou moins se stabiliser. Le doute vient partout. Tu te poses mille et une questions. Tu as une pression négative. Tu es moins joyeux, tu es moins gai. Tu le sens. Moralement, si tu n'es pas bien, sur le terrain, à l'entraînement, tu as moins de plaisir. Mais de là à stopper, non.

Aviez-vous fini par en vouloir aux médias, aux observateurs de vous avoir désigné, peut-être trop vite, comme le futur de l'équipe de France ?
En vouloir... Franchement, c'est la presse qui monte qui elle veut ! Je n'avais pas choisi. Je ne leur avais pas dit de mettre mon nom. Je n'avais rien demandé. J'entendais, je voyais certains trucs. Mais je me disais que je ne contrôlais rien. Tu ne peux pas le contrôler.

De là à être dépassé ?
Pour moi, je n'étais pas un phénomène. Dans le sens où je faisais mon boulot.

Évoquons Abou Diaby. Son parcours peut être assimilé au vôtre puisque pour lui aussi, c'est une première grosse blessure qui a engendré les nombreux problèmes physiques vécus pendant sa carrière. Vous êtes-vous rapproché de lui à Arsenal ?
Beaucoup. C'est un grand frère. Il me disais souvent de ne pas lâcher, de travailler, sans cesse. Il a été d'un grand apport. Il me disait que oui, les grosses blessures sont dures à gérer, mais qu'il ne fallait pas baisser les bras.

Aujourd'hui, on oublie peut-être un peu, parfois, que vous n'avez que 26 ans...
(Il coupe.) Oui ! On a l'impression que j'ai 30 ans !

Est-ce une seconde carrière qui démarre à Toulouse ?
Je vois que je suis souvent sur le terrain depuis deux ans, que j'enchaîne les performances. Ce n'est pas une seconde carrière mais...

C'est un chapitre en tout cas plus positif.
Voilà, c'est ça, exactement. Un chapitre positif d'un nouveau Yaya.

Si on devait lui donner un titre, à ce chapitre...
(Il réfléchit.)

Si on vous propose "renaissance", ça vous va ?
Oui, ça passe.

Malgré ce parcours, garde-t-on des envies de revoir plus grand ?
(Déterminé.) Oui, oui, ça s'est toujours dans un coin de ma tête. Il faut jouer, être performant, marquer des buts. Continuer de bien travailler. J'ai encore des objectifs.»

 

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