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Patrick Desprez, Arthur Tirat pour La Dépêche du Midi

 

Ligue1

Décontracté. Chemise blanche cachée par un pull marine, teint hâlé, Olivier Sadran attend sagement dans le couloir de la salle de presse au Stadium. Adossé au mur, serrant des mains et taillant la bavette avec les habituels suiveurs du TFC, de son Téfécé.

 

Nous sommes hier soir, il est 18h25 et le « boss » qui a convié les médias le lendemain du limogeage d’Antoine Kombouaré et son remplacement par le Directeur technique du Centre de formation Denis Zanko, s’apprête à passer sur le gril. « Je le sais, on me reproche de ne pas assez communiquer. Je ne suis pas un politique, ni un élu ; puis ce n’est pas dans ma nature de me mettre en avant. » Pourtant, le patron de Newrest se prêtera volontiers au jeu des questions/réponses pendant près d’une heure – 58 minutes pour être précis. N’éludant aucun sujet, ne se défaussant d’aucune responsabilité – « oui, les dirigeants dont je fais partie sont en échec absolu ; il n’y a pas un seul coupable si ce n’est moi », distillant quelques bons mots – « c’est vrai que pas mal d’anciens ont proposé leur aide ; cependant tout le monde veut un salaire car personne ne propose ses services gracieusement dans notre société ». Fidèle à son habitude : du Sadran droit au but, en somme.

 

« Relégué, vous avez une pancarte dans le dos »

Un chef d’entreprise qui sait aussi, par définition, taper du poing sur la table. « Dimanche matin, clairement j’ai dit aux joueurs qu’une relégation se porte comme une pancarte dans le dos. Et que si jamais on descendait, j’assumerai. Mais eux aussi : il ne faut pas imaginer que tout le monde va prendre la poudre d’escampette ! Je leur ai surtout signifié que 5 points [qui séparent le dernier Toulouse du 17e et 1er non-relégué Metz] ça pouvait se remonter en 19 matchs. Que je sentais chez une grande majorité d’entre-eux beaucoup de peur. Qu’ils devaient revenir à des fondamentaux. On ne court pas assez ou mal ; soyons à nouveau une équipe ! J’ai donc tenu un message d’espoir tout en sachant qu’il ne vaut rien sans la volonté commune de chacun. »

« C’est un peu plus dur de descendre avec les barrages, conclut Sadran, donc plus difficile de refaire le chemin inverse. On se refuse à envisager cette hypothèse : il ne faut pas être relégué. »

 

Sadran : « On est déjà en L2, à nous de remonter »

« Je commence par vous confirmer que Denis Zanko est préposé à aller jusqu’à la fin de la saison. Et au-delà. Je le remercie de relever ce challenge qui n’est pas un cadeau – puisqu’il y a urgence derrière une série supérieure à 90% de défaites. Je crois en Denis qui a fait ses preuves ; il a les diplômes requis et connaît une bonne partie de l’effectif. Il serait prétentieux d’affirmer que c’est le bon choix, c’est sûr, mais cette solution nous paraissait la plus efficace dans tous les cas de figure. Comme financièrement ? à cet instant, je ne réfléchis pas argent. De toute manière, le volet pécuniaire concerne l’actionnaire, qui doit assumer au terme de l’exercice pour pouvoir pérenniser le football professionnel à Toulouse. Et ça, ça reste mon problème. Voilà pour la précision. Après, vous me questionnez sur le timing du licenciement d’Antoine Kombouaré. Je vous réponds :’’Oui bien sûr, on pouvait le faire avant ; à la trêve.’’ On avait eu une discussion, d’ailleurs – y compris tactiquement. Moi, j’y crois jusqu’au bout ; je n’attends pas le match d’après… Personne ne saura jamais si c’était la bonne décision ou pas, et à ce moment-là. Est-ce que je regrette d’avoir embauché Antoine… D’abord j’aime bien l’homme ; et je sépare la personne des résultats je dirais. Qui sont, je le répète, les plus catastrophiques qu’on ait connus. Maintenant, on ne peut pas refaire l’histoire des matchs à Rennes et face à Lyon, par exemple. Oui, je pensais vraiment qu’il avait la capacité à booster l’équipe. Je n’ai pas de jugement autre. Quant au staff, il est reconduit : tous les adjoints sont en Espagne aujourd’hui pour travailler. »

« L’audit qu’on avait lancé à l’issue de 2017-2018 n’est a priori pas le bon. La réalité, c’est qu’on est ancré dans une médiocrité depuis 4-5 ans. Que les solutions mises en œuvre ne fonctionnent pas. Que les défauts et les problématiques demeurent. Il faut les évoquer, ça n’aide pas, même si on ne se cherche pas d’excuses. Notre budget reste restreint, avec moins 25% de subventions et un prix de location du Stadium multiplié par 6. Cependant l’on va avancer, la convention avec Toulouse Métropole est signée. Ensuite, il y a le côté sportif : on vient de perdre chez une équipe trois divisions en dessous avec des joueurs qui galopaient plus que nous – les amateurs ont peut-être une capacité à souffrir davantage… sans doute. On a une avalanche de blessures, également : il n’y a pas de hasard ; que les faibles qui pleurent. Bref, nous sommes minables et j’ai vraiment honte de ce que l’on offre comme spectacle. Or si on en est là, c’est que nous avons fait des erreurs. Pris de mauvaises options. Le recrutement ? Non, on n’est pas satisfait du travail réalisé. Est-ce qu’on va changer la cellule demain matin, je ne sais pas… Est-ce qu’on va modifier un certain nombre de choses, en revanche c’est une certitude. D’ici le mois de mai. »

« J’ai dit calmement aux joueurs que nous étions dans une situation catastrophique. Que nous étions en Ligue 2 et que nous pouvions peut-être remonter en Ligue 1 car nous n’avons pas trop de retard. Pour cela, il faut redonner la confiance à l’équipe qui en est complètement dépourvue. Rapporter un schéma de jeu et de la stabilité. Un retour du public ferait aussi du bien même si je comprends, qu’en ce moment, ce n’est pas marrant. Nous devons mieux défendre, c’est une évidence, avoir plus de conviction dans ce qu’on fait. À la récupération il faut plus courir, faire plus d’efforts. Nous devons revenir sur des méthodes plus simples. Si on fait ces efforts-là, ça devrait tourner en notre faveur. Il faudra éviter d’être morts de trouille dans les 10 dernières minutes et d’être inattentifs les 10 premières. Aujourd’hui la barre des 42 unités pour se maintenir n’existe plus parce qu’il y a tout un gruppetto d’équipes capables d’enchaîner les défaites ou les victoires. On peut se sauver avec moins de points à condition d’y mettre ce qu’il faut. »

« C’est ma ville, j’aime ce club. Par contre si on me demande si j’ai la volonté, le temps et l’ambition de venir tous les matins au Stadium, la réponse est non. Le Toulouse Football-Club est-il à vendre ? Je sais que c’est la grande interrogation. On me pose la question tous les ans, alors je vais tenter d’être le plus explicite possible. Je serai ravi de trouver quelqu’un capable de reprendre le TFC ou en tout cas susceptible d’en partager la stratégie, les risques économiques et les plaisirs de victoires avec moi. Je n’ai pas de problèmes d’ego, je suis totalement ouvert ; j’ai souvent eu des appels, vu des gens, mais jamais rien de sérieux. J’ai racheté ce club à 30 ans, j’ai pris du plaisir et j’en reprendrai. Pour aller au-delà des ’’Sadran démission’’, que je peux comprendre, nous ne sommes pas un club de socios, je ne peux donc pas démissionner de ma responsabilité sinon ça veut dire qu’on dépose le bilan au Tribunal de commerce. Plusieurs décisions que j’ai prises étaient mauvaises, des choix qui ont été faits ou des gens qui ont été en poste trop longtemps ; je me répète. On ne se retrouve pas là par hasard. Pour autant, je ne compte pas lâcher la barre d’un bateau à la dérive. Il y a 150 personnes derrière qui n’ont pas tous des salaires de footballeurs… »

 

« On ne porte pas plainte contre nos supporters »

Comment recoller les morceaux avec une partie du public après les faits qui se sont produits ces dernières semaines ?

Il y a le public, il y a les supporters et il y a les incidents. Ce sont des choses très différentes. Le public au sens large il y en a moins, c’est un fait. Ce public il faut le reconquérir et les choses ont changé. Les gens veulent voir des stars, que des stars. Pour ce qui est des supporters, on a vraiment besoin d’eux. Mais on a aussi besoin que le stade soit un lieu où l’on puisse venir en toute sécurité. Qu’une frange des supporters ne soit pas satisfaite des résultats on le comprend, je le serais même, pour moins que ça. Que l’on puisse demander ma démission ou celle de Jean-François Soucasse ou encore celles d’Arribagé, de Kombouaré, de Casanova, ça peut se comprendre. Que l’on pense qu’on puisse sauver le club en faisant ça (heurts lors de TFC-Reims), moi je n’approuve pas.

Quelle est, concrètement, votre position ?

Quand on est propriétaire d’un club ou quand on est directeur général comme Jean-François Soucasse, on a une responsabilité, on a un mandat social. Ça ne vous a pas échappé, il y a des lois et ces incidents sont bien « marrants » jusqu’au jour où il y aura un vrai problème. Je reviens sur le week-end dernier (à Saint-Pryvé, ndlr). Lorsqu’une minorité des supporters sont partis de la tribune et sont rentrés par une autre porte, les images sont terribles. Il y a deux barrières de sécurité et au milieu de ces barrières, il y a une femme, agent de sécurité. Elle se fait renverser avec une violence incroyable et les barrières retournées passent à deux doigts de sa tête… Ça c’est intolérable. Quand je suis intervenu (NDLR : face à Reims), je n’ai jamais rechigné à m’expliquer, y compris quand il faut aller dans la mêlée. Il y avait une dame âgée qui était en train de subir – certains diront que c’est à cause de la sécurité… Dans tous les cas de figure, cela n’a rien à faire dans un stade […] Donc, chaque fois que quelque chose se passera et bien nous porterons plainte. On ne porte pas plainte contre nos supporters ; mais on porte plainte pour que l’irréparable ne puisse pas arriver.

Vous comprenez néanmoins l’exaspération des supporters ?

Je comprends les messages que je reçois, je comprends la frustration et elle est tout aussi grande pour moi. Me retrouver dans une situation aussi minable c’est très dur. Tant que ça touche ma personne par des chants, ça ne pose pas de problème. Quand ça en vient à des gestes comme cela a encore été le cas ce week-end, il est de notre devoir de ne pas laisser faire. On doit vivre dans une société ou quelle que soit la désaprobation chacun doit se contrôler […] J’ai l’impression qu’on a oublié quel avait été l’épisode de la Serbie (mort de Brice Taton) ; le club était là pour porter le deuil et soutenir la famille. Ce qu’on voit aujourd’hui me laisse penser qu’on peut arriver à un événement dramatique et je ne peux pas laisser faire. L’état fera ce qu’il doit faire mais nous devons aussi porter plainte à chaque fois pour assurer la sécurité des gens qui viennent au stade.

 

 

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