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Roberto Notarianni pour France Football

 

Ligue1

Finaliste malheureux des Coupes du monde 1974 et 1978, le talentueux ailier gauche néerlandais vient de s’éteindre à l’âge de 72 ans.

 

C’est un regret qui l’a accompagné jusqu’à son dernier souffle, survenu vendredi dans sa demeure de Oostzaan, dans la banlieue nord d’Amsterdam. Une histoire de centimètres qui orientent le destin dans un sens ou l’autre. Qui séparent la carrière d’un grand joueur de celle d’une icône planétaire. Pour Pieter Robert « Robbie » Rensenbrink, cet instant fatidique se situe à la 90e minute d’un des matches les plus importants de sa carrière, la finale du Mondial 1978. Le temps réglementaire est même dépassé depuis quinze secondes lorsque l’ailier gauche de la sélection des Pays-Bas réceptionne une longue transversale de Ruud Krol, efface Alberto Tarantini avant de frapper du gauche. Ubaldo Fillol, le gardien de l’Argentine, est battu et se contente d’accompagner du regard le ballon... qui va percuter son montant droit ! « À cinq centimètres près, l’histoire aurait été réécrite, avec le titre suprême pour mon pays et la couronne des buteurs pour moi », ne cessera de répéter Rensenbrink depuis ce 25 juin 1978. La suite sera malheureusement cruelle pour lui et ses Oranje : l’Albiceleste s’impose 3-1 en prolongation grâce à un doublé de Mario Kempes, qui enlève le titre et la palme des buteurs (devant Rensenbrink et le Péruvien Cubillas).


CONFONDU AVEC CRUYFF

Mais n’allez pas croire que le Batave a passé le reste de sa vie à pleurer sur son sort. Car, toujours en parlant de son tir sur le poteau du match du Monumentale, il avait coutume d’ajouter : « Je ne me fais pas d’illusion. Si mon ballon était rentré, l’arbitre aurait sûrement trouvé le moyen de l’annuler. Là-bas, à Buenos Aires, la pression était terrible : l’Argentine “devait” gagner sa Coupe du monde à domicile. » Froide lucidité ? Excès d’amertume ? Peut-être que Rensenbrink se trouvait quelque part maudit, comme pouvait l’être la sélection des Pays-Bas. Après tout, lui et son équipe nationale n’avaient-ils pas déjà perdu une finale de Coupe du monde quatre ans plus tôt, en Allemagne ? Un verdict d’autant plus dur que notre homme avait disputé le dernier acte face à la Nationalmannschaft fortement diminué par une blessure contractée lors du match précédent, face au Brésil. En pleine possession de ses moyens, il aurait pu, par sa vélocité, ses percussions, permettre aux Néerlandais, menés à la marque (1-2) à la pause, de renverser la vapeur. Au lieu de cela, Rensenbrink avait dû céder sa place à René van de Kerkhof et suivre la seconde moitié de la rencontre sur le banc, assistant impuissant aux vains assauts bataves et au triomphe allemand. Reste que l’empreinte de Rensenbrink ne se limite pas à ces deux finales de Coupe du monde malheureuses. Celui qui s’est éteint à 72 ans, terrassé par une maladie génétique dégénérative (atrophie musculaire progressive) diagnostiquée en 2012, laisse avant tout le souvenir d’un footballeur de très grand talent. Et pas seulement du fait de sa grande ressemblance avec Johan Cruyff, notamment au niveau des traits du visage. Une singularité qui avait au passage induit en erreur un quotidien britannique au moment de la mort du triple Ballon d’Or France Football, en mars 2016, puisque c’est la photo de Rensenbrink qui avait été publiée ! Bel athlète, Robbie Rensenbrink était un concentré de classe : pied gauche magique, grande maîtrise de balle, démarrages foudroyants, excellente qualité de passes, tireur de coups francs et de penalties hors pair.


L’HOMME-SERPENT

« Et il y avait ses dribbles, un plaisir pour les yeux ! », a souligné Jan Mulder, son ancien coéquipier en club, chargé par la famille de donner aux médias la nouvelle de sa mort. Mulder a décrit un joueur capable de faire la différence dans les couloirs, mais aussi dans la surface après avoir repiqué au centre. En dix-sept ans de carrière professionnelle, Rensenbrink a réalisé, sélection comprise, 295 buts en 633 matches officiels. Des statistiques impressionnantes pour un joueur n’évoluant pas en pointe. Finales de Coupes du monde perdues ou pas, elles auraient dû lui valoir une plus grande notoriété que celle qui fut la sienne, même si l’ailier batave s’est retrouvé deux fois sur le podium du Ballon d’Or : dauphin de Franz Beckenbauer en 1976, puis troisième deux ans plus tard derrière le lauréat anglais Kevin Keegan, pourtant absent du Mondial, et l’Autrichien Hans Krankl. Il est vrai que Rensenbrink n’avait pas choisi la facilité. Adolescent, il s’était retrouvé au DWS Amsterdam, modeste club d’Eredivisie, qui était allé le chercher dans son équipe de l’Oostzaan SV, brûlant la politesse au Feyenoord. Pas de passage dans la grosse écurie de Rotterdam ni chez les rivaux de l’Ajax, donc. Et puis, le longiligne Néerlandais n’avait pas arrangé son cas en optant pour la Belgique et le FC Bruges, en 1969 ! Rensenbrink ne jouera jamais dans l’un des cinq championnats majeurs d’Europe. Sa réputation, il va la bâtir pendant onze ans dans le Plat Pays. Deux ans au Club Brugge puis les neuf autres à Anderlecht. Chez les Mauves, il deviendra le « Slangenmens », l’homme-serpent, pour son habilité à se faufiler entre les lignes. Désigné à plusieurs reprises comme le meilleur joueur de l’histoire du club bruxellois, Robbie Rensenbrink y a marqué 200 buts, raflé une couronne des buteurs de l’élite belge (en 1973), deux titres de champion et quatre Coupes nationales. Et, surtout, il a transcendé Anderlecht en Coupe d’Europe, disputant trois finales de rang de la Coupe des vainqueurs de Coupe, remportant celles de 1976 (4-2 face à West Ham) et de 1978 (4-0 contre l’Austria Vienne), tout en glanant deux Supercoupes d’Europe (1976 et 1978). Et, à chaque fois, avec un Rensenbrink décisif.


UN GRAND TIMIDE

Roi en Belgique, il n’a pas cherché à se remettre en question dans un Championnat plus relevé. Lorsqu’en 1980, l’Inter Milan et le Real s’intéressent à lui, il préfère aller courir le cachet au Portland Timbers, pensionnaire de la NASL nord-américaine, avant de boucler son parcours au Toulouse FC, en 1981-82, en L2 française. Probablement une question de tempérament. Car s’il y avait physiquement du Cruyff en lui, rien à voir au niveau du caractère avec sa « Majesté Johan » ! Il était un gars plutôt discret, timide même, pas des plus hargneux. D’ailleurs, ses détracteurs avaient tendance à avancer qu’il ne se faisait que rarement violence, jouant à son rythme. Pour de nombreux observateurs, il n’avait du reste pas réalisé un grand Mondial 1978, malgré ses 5 buts (dont quatre penalties, il est vrai !) et 3 passes décisives au compteur. Un brin désinvolte ? C’est possible. Son après-carrière le confirmera puisque l’homme-serpent n’a jamais voulu embrasser la carrière d’entraîneur. « Trop stressant, trop propice aux colères ! » Aux bancs de touche, il préférera d’autres bancs, plus bucoliques, une canne à pêche à la main.

 

Robbie Rensenbrink

Né le 3 juillet 1947 et décédé le 24 janvier 2020 à Oostzaan (Pays-Bas). Attaquant. International néerlandais (46 capes, 14 buts).

Parcours DWS Amsterdam (1964-69), FC Bruges (1969-71), Anderlecht (1971-80), Portland Timbers (1980), FC Toulouse (1981-82).

Palmarès Championnat de Belgique 1972, 1974 ; Coupe de Belgique 1970, 1972, 1973, 1975, 1976 ; Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupes 1976, 1978 ; Supercoupe d’Europe 1976, 1978.

 

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