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Dave Appadoo pour France Football

 

Ligue1

L’attaquant de Monaco effectue peut-être la meilleure saison de sa carrière. FF analyse le jeu si particulier de cet avant-centre aussi prolifique qu’atypique.

 

 

On peut être un joueur confirmé, reconnu depuis longtemps, et continuer à figurer une sorte de bonne surprise permanente. Il y a un peu plus de deux semaines, le Parc des Princes a eu un murmure d’admiration devant la performance premium de Wissam Ben Yedder avec Monaco face au PSG (3-3, voir page 18). Le soir même – sans parler du lendemain –, dans toute la presse et les différentes émissions radio et télé, il n’y en avait que pour l’international français. Pourtant, à l’approche de la trentaine (il les aura le 12 août), le prolifique attaquant (14 buts) ne devrait plus être une découverte pour quiconque suit un tout petit la chose footballistique, ce qui fait sourire l’ancien Parisien Clément Chantôme, aujourd’hui consultant à la chaîne L’Équipe, qui fut son coéquipier à Toulouse en 2013-14. « J’étais au Parc ce soir-là, et plein de gens m’ont dit avec un air étonné : “Punaise, Wissam !” Alors que des matches comme celui-là, il en fait un paquet. Mais quand c’était au TFC, les gens se disaient : “O.K., c’est bien pour Toulouse, mais bon...” Et quand il le faisait à Séville, c’était loin et les gens s’en fichaient un peu. Du coup, tout le monde a l’air surpris qu’il puisse évoluer à ce niveau alors qu’il y est depuis de nombreuses années maintenant... » Comme si le plafond de verre qui a longtemps escorté les prévisions sur sa carrière n’en finissait plus de se reformer quand il arrive à le faire sauter.

 

EXPERT ÈS DÉPLACEMENTS

C’est un autre paradoxe pour un joueur qui n’en manque pas. Il a souvent été dit qu’au regard de son profil atypique, il lui fallait des conditions particulières pour exprimer son talent. Pourtant, on s’aperçoit que WBY a su multiplier les saisons à une quinzaine de buts au sein d’un Toulouse qui jouait souvent le maintien, qu’il alignait de très bonnes stats dans un Séville qui jouait l’Europe, et continue de le faire avec un Monaco qui a ses semaines avec et ses périodes sans, que ce soit à deux attaquants ou en pointe unique. « J’ai souvent entendu que Wissam était un joueur singulier. Je suis d’accord : c’est un joueur singulier parce que tous les grands joueurs le sont. Et lui, c’est un très grand joueur », balaie d’un revers de la main Pascal Dupraz, qui a dirigé Ben Yedder à la fin de la saison 2015-16 au TFC. Dupraz s’en sort par une jolie pirouette mais, clairement, le natif de Sarcelles ne ressemble à aucun autre attaquant, par son gabarit (1,70 m) et de par son jeu, comme nous le rappelle celui qui l’a lancé dans le grand bain du monde pro, Alain Casanova. « Il jouait sur un côté au début mais il ne s’en sortait pas. J’avais vu qu’il était adroit devant le but. Je lui ai donc proposé de l’envoyer quelques mois faire ses preuves dans l’axe en équipe réserve, et ç’a fonctionné. Ç’a été un vrai processus car il a fallu lui apprendre à être réactif avec le ballon et surtout sans, notamment à la perte où il avait tendance à ne plus être concerné. Il a fallu aussi qu’il intègre les décrochages, quand venir chercher, quand prendre la profondeur, comment s’orienter dos au jeu pour ne pas subir à la prise de balle... » Un apprentissage qui a porté ses fruits. Désormais, Ben Yedder est expert dans l’art de naviguer entre les lignes. « Il se déplace hyper bien, abonde Étienne Didot, consultant à la chaîne L’Équipe, qui a connu WBY à ses débuts au TFC. Il fait le pas pour avoir le petit espace qui va lui permettre de gérer la suite. Et il se positionne à chaque fois parfaitement en un minimum de temps pour, là encore, optimiser le temps dont il peut disposer. D’autant que sa première touche de balle, pfff... »

 

UN CONTRÔLE DE BALLE ABSOLU

Ah, les contrôles de Ben Yedder ! Un modèle du genre. Là encore, la tentation est grande de convoquer son passé de joueur de futsal. « Venant de cette pratique, il a clairement l’habitude d’effectuer sa première touche dans un espace réduit, analyse Benoît Trémoulinas, ex-partenaire à Séville, lui aussi consultant à la chaîne L’Équipe. Cela signifie qu’il a pris toutes les informations sur les adversaires qui l’entourent, les partenaires disponibles, et l’espace libre pour effectuer son enchaînement, voire pour frapper. Réussir tout ça avec la densité du futsal, c’est incroyablement dur. » Didot a lui aussi été immédiatement frappé par la technique du garçon alors encore débutant au TFC. « Quand je l’ai vu la première fois, ce qui m’a frappé, c’est sa qualité de pied. Il était très au-dessus du lot sur ce plan. Sa première touche de balle est toujours incroyable de justesse. Et il se sort de toutes les situations en un minimum de touches, sans pourtant avoir une vitesse gestuelle exceptionnelle à la Mbappé. Du coup, une simplicité se dégage de ses enchaînements qui peut faire croire que c’est simple. Alors que nous, dans la même situation, on serait beaucoup plus à l’arrache. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il a la technique pour casser les reins de quatre ou cinq mecs à la file, mais s’il le faisait parfois à l’entraînement, en match, il est toujours tendu vers l’efficacité et épure son jeu au maximum. » Une simplicité apparente qui ne doit pas masquer l’extrême difficulté de ce que réussit l’ancien attaquant du TFC, comme s’en émerveille Dupraz. « Il y a du Romario en lui dans cette façon de ne jamais être dans l’urgence. Ce sont des garçons qui s’achètent du temps tout au long de chaque action, entre le déplacement, la première touche de balle et la qualité d’enchaînement derrière. » Trémoulinas, lui, croit avoir décelé dans le physique trapu et court sur patte de WBY une clé de son talent. « Avec son centre de gravité bas et sa facilité de prise de balle, il arrive toujours à vous prendre un ou deux mètres. Le paradoxe avec Wissam, c’est qu’il possède une capacité à enchaîner hyper vite et, en même temps, il donne l’impression d’avoir du temps. Quand il élimine son opposant, il sait se caler entre lui et le ballon pour l’empêcher de revenir, car c’est un costaud, que ce soit au niveau du torse, des cuisses ou du fessier dont il se sert pour bien protéger sa balle. Comme il sait qu’il est dur à bouger, d’autant plus que souvent il est dans la surface ou pas loin, du coup il se donne un peu de temps en plus pour prendre la bonne décision. Si l’on ajoute sa parfaite maîtrise du ballon et sa lecture très rapide de la situation, il gagne des poussières de secondes supplémentaires pour ensuite déclencher. »

 

« IL NE REGARDE JAMAIS LE GARDIEN »

Déclencher, chez ce type de joueur, c’est souvent déclencher une frappe. Car, il ne faut pas s’y tromper, malgré ses airs de garçon sage et réservé, Ben Yedder est tueur devant le but. Marc Vidal, portier pendant dix ans à Toulouse, a essuyé quelques plâtres à l’entraînement. « Wissam a une particularité : il ne regarde jamais le gardien. D’habitude, on arrive à capter le regard de l’attaquant pour le diriger là où on veut qu’il frappe, on l’allume en quelque sorte. Mais Wissam arrive dans les face-à-face avec sa conduite de balle très fréquente, sans regarder le gardien mais tout le voyant quand même. Il sent quand on reprend nos appuis et là, il frappe quasiment sans armer. C’est soudain, et pile au moment où on ne peut pas intervenir. Parfois, son tir passe juste à côté de nous mais est impossible à arrêter car on n’a pas posé les appuis. De plus, il a les deux pieds, il peut orienter sa prise de balle de chaque côté, c’est vraiment dur à anticiper. »

 

TEMPS D’AVANCE ET GROS APPUIS

Dominique Arribagé, qui a dirigé Ben Yedder au « Tef », note une autre spécificité de son ancien buteur. « Wissam a quelque chose que je n’ai quasiment jamais vu, en tout cas à ce point : il est toujours en équilibre. C’est dû à deux choses. Primo, la qualité de sa prise d’information ultra-précoce qui lui permet d’avoir toujours un temps d’avance. Secundo, ses qualités physiques, dont on ne parle pas suffisamment à mon sens. On a souvent pointé son gabarit comme une limite pour le plus haut niveau. O.K., ce n’est pas Didier Drogba, il n’a évidemment pas ses qualités de vitesse et de puissance. Mais il possède d’excellents appuis et un centre de gravité très bas qui lui permettent de s’orienter en une fraction de seconde et d’avoir ce temps d’avance pour enchaîner. » Où le mental bien particulier du jeune homme fait le reste, comme aime à le rappeler Alain Casanova en fan de la première heure. « Wissam affiche un calme absolu devant le but. C’est un tueur à sang froid. Il y a des buteurs un peu rageurs à la Luis Suarez ou Jamie Vardy, mais dans le registre “glacial”, il fait partie avec Lionel Messi des très rares joueurs à toujours rester d’un calme et d’un relâchement absolus dans le dernier geste. Ce qui lui permet, comme l’Argentin, de ne faire quasiment jamais de mauvais choix car ils restent lucides là où, pour la très grande majorité des joueurs, l’urgence de la situation et la pression brouillent un peu la perception. Cette lucidité extrême lui permet de toujours être bien en appui, de toujours choisir la bonne zone à viser et de toujours utiliser la bonne surface de contact. C’est pour ça qu’il est aussi clinique, il n’a quasiment pas de déchet dans ces situations. »

Mais Ben Yedder se distingue aussi de la plupart des chasseurs de buts par un côté altruiste assez rare. « Il n’hésite pas à faire l’appel pour libérer l’espace à un partenaire, par exemple, reprend son ancien mentor. D’une manière générale, il a une capacité à rester en relation technique avec les autres, à assurer une continuité au jeu. Ça peut faire penser à Benzema, mais je trouve que Karim est un pur 9 qui sait participer au jeu. Wissam, c’est presque l’inverse, c’est un faiseur de jeu naturel qui joue en pointe, un peu comme Raul à l’époque. » Et Pascal Dupraz de synthétiser : « Wissam a toujours eu une foi en lui absolue car c’est fondamentalement quelqu’un de bien qui fait les choses comme il faut. Il était donc persuadé dès le départ que des choses bien lui arriveraient car il n’y avait aucune raison que ça se passe mal. C’est un type sain, tranquille, juste, sûr de lui malgré sa timidité. Et je trouve que ça se retrouve dans son jeu. Il joue comme il est. »

 

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