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Patrick Desprez, Frédéric Abéla pour La Dépêche du Midi

 

Ligue1

Homme de réseaux, travailleur de l’ombre. Ce sont les termes qui reviennent le plus souvent dans la bouche de ceux qui ont côtoyé ce grand connaisseur du football et de son mode de fonctionnement – de la Principauté de Monaco, à la formation, où il effectue ses débuts à l’aune de la saison 1992-1993, jusqu’à Fenerbahçe, le bouillant club stambouliote, où il démissionne en janvier dernier. Lui, c’est Damien Comolli, Biterrois de 47 ans, et donc, d’après nos informations, président du TFC quand le club d’Olivier Sadran, entré en négociations exclusives depuis jeudi avec RedBird, sera passé sous pavillon américain (d’ici au 15 juillet).

Qui est-il ? Qui se cache derrière ces petites lunettes rectangulaires ? Le plus anglophone des directeurs sportifs français, assurément. Jugez plutôt : Arsenal, Tottenham, Liverpool plus tard. Entre-temps, on n’oubliera pas Saint-Étienne où il effectue deux passages assez brefs : saison 2004-2005 (Baup entraîneur) et novembre 2008 - octobre 2010 (Perrin puis Galtier coachs). « Il a gravi tous les échelons dans le monde du ballon rond, se souvient le Commingeois Élie Baup. En faisant ses premières armes comme éducateur chez les 16 ans de l’ASM, où le repère Arsène Wenger, son mentor, qui le prend sous son aile. C’est ça, Arsène sera toujours son exemple. »

Son côté très britannique, droit et sec, physiquement comme moralement, détonnera un peu dans le Chaudron, se remémore un suiveur de l’ASSE des années 2000 : « Il n’était pas du genre à vous taper dans le dos, mais on pouvait instaurer un climat de confiance. »


Baup : « Un gros bosseur »

Après une expérience au Pays du Soleil-Levant (les 18 ans de Nagoya), le manager d’Arsenal lui fera traverser la Manche, entre 1998 et 2004 ; il sera l’œil des Gunners en France. Et ailleurs, rapidement. Très rapidement. En attendant : sitôt diplômé et déjà redouté dans le monde du mercato… Grâce entre autres à son penchant pour les statistiques, la data, qu’il découvre aux USA grâce à son frère et le film de baseball « Moneyball » (avec Brad Pitt). Comolli devient un expert en la matière et propage en quelque sorte le virus de l’autre côté de l’Atlantique.

Ses premiers coups, dans les rangs des Canonniers, ont pour noms Thierry Henry, Robert Pirès, Sylvain Wiltord, le Tournefeuillais Gaël Clichy, ou encore Suker et Fabregas. Ça classe un scout !

« Je vous le répète, poursuit Baup, c’est un gros bosseur qui aime avoir une vision périphérique sur tout le secteur sportif [manager général à Tottenham, entre ses deux missions dans le Forez, il s’occupait à la fois de la formation, sa marotte, et du recrutement]. Il a une charge de travail énorme, il s’est donné les moyens de ses ambitions. Chez les Verts, il faisait tout : vente et achat, plus-value de joueurs, rentabilité, business en somme. Un dirigeant qui ne dort pas ! Et qui n’a pas froid aux yeux, car en Turquie, pour terminer son parcours, il faut y aller… »


Il a recruté Luis Suarez

« Dans le milieu, conclut le technicien à la casquette, on pourrait le comparer au Lillois Luis Campos. Un mec avec des connexions partout. Capable de renifler les bonnes affaires. » La meilleure, à n’en pas douter, aura pour trame les bords de la Mersey. Damien Comolli rejoint Liverpool à l’automne 2010 en tant que directeur sportif. Six mois plus tard, il est intronisé directeur du football des Reds. Une promotion express notamment expliquée par le transfert en provenance d’Amsterdam de l’avant-centre uruguayen Luis Suarez. Arraché à l’Ajax 26,5M€, revendu trois ans plus tard au Barça… plus de 80M€.

L’Héraultais de naissance, latéral en catégorie jeunes à Béziers, joua également un rôle prépondérant dans les venues d’Andy Carroll, remplaçant de Fernando Torres, et de Jordan Henderson, le successeur au capitanat de l’emblématique Steven Gerrard.

Deux nouvelles preuves d’un savoir-faire hors-pair. Dont le peuple violet attend monts et merveilles sur les bords de Garonne.


Marseille et Bordeaux, Le Havre…

Après l’OM à l’automne 2016 (promoteur immobilier de Boston, Frank McCourt) et les Girondins à l’été 2018 (General American CP Sports puis King Street exclusivement) ainsi qu’à l’échelon inférieur Le Havre (présidé par Vincent Volpe depuis 2015), Toulouse sera le quatrième club pour la saison 2020-2021 à être sous pavillon américain.

Et force est de constater que le bilan est pour l’heure mitigé. Au Haillan, rien ne va plus entre direction et supporters alors que le FCGB a terminé à une anonyme 12e place. Sur la Canebière, si les résultats olympiens plaident pour l’état-major en place (une finale de C3, un retour en C1), ce sont les finances qui posent problème…
Marseille et Bordeaux, Le Havre…

Après l’OM à l’automne 2016 (promoteur immobilier de Boston, Frank McCourt) et les Girondins à l’été 2018 (General American CP Sports puis King Street exclusivement) ainsi qu’à l’échelon inférieur Le Havre (présidé par Vincent Volpe depuis 2015), Toulouse sera le quatrième club pour la saison 2020-2021 à être sous pavillon américain.

Et force est de constater que le bilan est pour l’heure mitigé. Au Haillan, rien ne va plus entre direction et supporters alors que le FCGB a terminé à une anonyme 12e place. Sur la Canebière, si les résultats olympiens plaident pour l’état-major en place (une finale de C3, un retour en C1), ce sont les finances qui posent problème…

 

« Les Américains y voient un intérêt financier »

Pourquoi un fonds d’investissement américain, en l’occurrence RedBird Capital Partners, s’intéresse-t-il au TFC ?

Cela fait longtemps que le football français attire les investisseurs étrangers. Le ticket d’entrée est bien moins cher que dans les championnats anglais, espagnol ou allemand. La Ligue 1 française est le championnat le plus abordable. Pour les Américains, racheter le TFC est une belle opération financière car le club va être vendu au rabais. Selon la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), organe chargé de surveiller les comptes des clubs, la valeur des actifs du TFC s’élève à environ 58 millions d’€. Le club gagnait toujours de l’argent en juin 2019 et il présente un bilan viable économiquement. Mais avec la descente en Ligue 2 et la crise sanitaire, les négociations pour la vente pourraient porter entre 25 et 30 millions d’€.

Ce ne serait donc qu’une pure opération financière ?

Absolument ! Avec la revalorisation des droits de retransmission en Ligue 1 et Ligue 2, les Américains vont miser sur la performance sportive du club et les gains qu’il peut générer en cas de remontée en Ligue 1. L’investisseur américain sait qu’il peut dégager de la plus-value, notamment sur le marché des transferts. C’est d’abord une opération financière. Et le risque, c’est que cette opération se fasse au détriment du sportif. Le but est de renforcer les actifs dans un projet qui apparaît purement lucratif. D’un point de vue comptable, ces investisseurs vont récupérer un club évalué à 58 millions d’€ pour finalement le racheter autour de 25 millions d’€, même si le montant de la transaction reste encore secret. Ces fonds d’investissement ont pour seul objectif l’intérêt économique. Mais la situation est différente de celle de Bordeaux qui est aussi sous pavillon américain. Chez les Girondins, il n’y a plus de visibilité ni de liens entre les investisseurs et le staff technique. Dans le cas du TFC, c’est très différent. Le prétendu successeur d’Olivier Sadran, Damien Comolli, a des liens très forts avec les états-Unis. Il est proche des courants américains. Donc, on peut imaginer une stratégie différente incluant un projet sportif sérieux.

Justement, Damien Comolli, qui a œuvré en tant que directeur sportif dans le championnat anglais, s’est fait aussi un nom dans le recrutement en introduisant les statistiques dans le monde du ballon rond. C’est un atout ?

Il a été précurseur à ce niveau. Lorsque le FC Liverpool est racheté par des Américains à la fin des années 2000, Damien Comolli est directeur sportif. Il a été recruteur pour le club d’Arsenal et a longtemps travaillé avec Arsène Wenger. Il a voyagé aux états-Unis, il est proche des clubs de baseball d’où il a tiré cet enseignement sur la data et l’introduction des statistiques pour améliorer les performances des joueurs, quel recrutement, selon quel poste pour optimiser le jeu, les passes, la course des joueurs, etc. De ce point de vue, c’est une belle réussite. C’est lui qui a recruté Suarez, de l’Ajax à Liverpool, il a déniché Gareth Bale (joueur du Real de Madrid), et tout ça, à partir des statistiques.

À quoi peut-on s’attendre avec un TFC version US ?

Damien Comolli peut apporter de belles choses si on lui donne des moyens. C’est d’ailleurs toute la question. Il faut qu’il ait un staff technique avec lui. Il peut endosser le rôle de président tout en gérant la direction sportive. Mais le milieu du sport en France n’est pas le même outre-Atlantique. Aux états-Unis, les sports sont très bien régulés et tous excédentaires. En Europe, il faut accepter d’investir beaucoup d’argent pour espérer gagner des titres.

Pierre Rondeau

Spécialiste de l’économie du sport et intervenant sur RMC

 

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