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Patrick Desprez pour La Dépêche du Midi

 

Ligue1

Si tout se déroule selon le scénario écrit, Toulouse deviendra cet été le quatrième club professionnel français à battre pavillon américain en 2020-2021. Voguant dans le sillage de Marseille, Bordeaux et Le Havre (L2). Spécialisé dans ces opérations d’achat et vente, l’avocat Didier Poulmaire décrypte – pour La Dépêche – le processus.

 

 

Jeudi 21 mai 2020. Cette date est déjà entrée dans l’histoire du Toulouse Football-Club, même si le tir au but n’est pas encore marqué… Entendre : sur de (très) bons rails, la vente du club de la Ville rose au fonds d’investissement américain RedBird Capital Partners n’est pas actée officiellement – les deux parties étant en négociations exclusives jusqu’à mi-juillet, au plus tard.

C’est donc le jour de l’Ascension qu’a choisi le président téféciste Olivier Sadran pour descendre de son piédestal (cession de 85% de ses parts). Pas quitter le navire Téfécé, dont il souhaite rester actionnaire minoritaire. Nuance d’importance pour l’homme d’affaires aux manettes de son bébé sauvé des eaux en 2001 et promis à la descente en Ligue 2 à l’arrêt de la compétition début mars en raison du Covid-19 (nonobstant une dernière requête jeudi prochain). Un virage que les supporters toulousains attendent maintenant de prendre.

Tenants et aboutissants avec l’avocat fiduciaire au Barreau de Paris, Didier Poulmaire, connu pour avoir favorisé l’arrivée de McCourt à l’OM en 2016 et, récemment, coordonné le changement de propriétaire – fin de l’ère Boudjellal – au RC Toulon. Instructif.

 

1/ Qui se cache derrière RCP ?

L’Oiseau rouge, littéralement, va-t-il réussir son atterrissage dans la capitale de l’aéronautique ? C’est ce qu’espère le peuple violet, sevré de bonnes ondes depuis une demi-douzaine d’années et une honorable 9e place de L1 au printemps 2014. D’après nos recherches, la société étasunienne fondée en… 2014 par Gerry Cardinale, dit s’inscrire à long terme dans les projets où elle investit : fournir des capitaux pour mettre en œuvre et développer, telle est son ADN transposée dans le domaine du sport. Avec une expérience de vingt ans au travers de quasiment toutes les disciplines US. Auxquelles il conviendra bientôt d’ajouter le (vrai) football…

 

2/ Où en est, concrètement, la vente ?

Révélées jeudi dernier, les négociations exclusives ont comme date-butoir le 17 juillet. Pour le commun des mortels, le délai peut paraître conséquent, mais pas du tout. « Il y a plusieurs étapes bien définies, explique Didier Poulmaire. La première est la signature de la lettre d’intention qui en fait interdit au vendeur de discuter avec d’autres potentiels candidats. Cela permet aussi, et surtout, à l’acheteur de diligenter un certain nombre d’audits financiers, juridiques, comptables ou encore fiscals. » Bref, celui-ci a accès à toutes les données du club. « Ensuite, poursuit l’avocat, un des enjeux forts est la rédaction du contrat de cession de la SASP qui englobe par essence l’association-support de l’entité professionnelle. Et ça prend un certain temps, oui… » La troisième marche vers la finalisation, si on peut dire, concerne les salariés en place et leurs légitimes interrogations quant à leur devenir posées par les représentants du personnel. « On devrait arriver dans cette phase », ponctue l’homme de loi.

 

3/ Sadran conserve-t-il un droit de regard ?

Jusqu’à preuve du contraire, pendant toute la durée des opérations, le patron de Newrest reste maître à bord. « Il peut et doit s’assurer de la capacité réelle de l’acquéreur à mener la gestion du Téfécé sur plusieurs années, insiste celui qui a permis à Marseille de passer sous la bannière étoilée. Assurément, un club n’est pas une PME comme une autre, c’est un lieu de rencontres, de mixité sociale forte, une vitrine de la ville ; donc les vendeurs ont une responsabilité citoyenne quelque part. Ils doivent absolument demander de vraies garanties et, là, la France est très en retard par rapport à la méthode anglosaxonne. Parce que ce qui est un peu trompeur, c’est que les sommes que ces groupes gèrent ne leur appartiennent pas. Ils s’en occupent pour le compte de tiers, les fameux fonds de pension américains. C’est un artifice. Leurs revenus sont les commissions qu’ils prennent au passage. »

 

4/ Quel sera le juste prix ?

Difficile de se prononcer. « Déjà, note Me Poulmaire, il faut bien distinguer deux valeurs : celle intrinsèque, prenant en considération la marque TFC entre autres, et celle du marché se basant sur les transactions récentes, déconnectée de l’expertise comptable. C’est cette dernière qui prime. En clair, la valeur estimée d’un club répond à la loi de l’offre et de la demande. Or, à ma connais-sance, ce sont les investisseurs qui ont démarché le Toulouse FC et pas le Toulouse FC qui a opté pour une véritable recherche structurée qui plus est à l’international. Ça compte aussi. » Dernièrement, dans nos colonnes, l’économiste du sport Pierre Rondeau avançait ainsi un montant des actifs de 58M€ mais une cession comprise entre 25 et 30M. « Lorsqu’on se rappelle que les Girondins ont été rachetés 100M (Bordeaux avait valorisé les contrats de ses joueurs au maximum), on pourrait trouver ce chiffre pour le TFC incroyablement bas. Mais le club toulousain reste pour l’heure en Ligue 2 ; si jamais son recours auprès du Conseil d’état aboutissait (le 4 juin), le montant serait très certainement revu à la hausse. » Entrent également en jeu ce qu’on appelle les compléments de prix, qui correspondent en substance à des paiements différés répondant à des clauses : remontée en élite dès la première année, revente d’un joueur à telle hauteur… Ainsi que les garanties de passif qui sont les dettes antérieures à l’achat mais pouvant survenir après-coup et que l’ancien actionnaire s’engage à régler.

 

5/ RedBird fait-il une affaire ?

« Absolument, répond sans ambages l’avocat parisien. Ma phrase va sembler décalée à l’heure actuelle, mais le TFC est une pépite ! Il figure parmi un nombre très limité de clubs assis sur des villes bassins de population et viviers économiques. Toulouse, quatrième métropole de France, est un énorme gisement de business ; c’est ce que voient les Américains : aéroport, zone Airbus, proximité de l’Espagne… Pour les fonds d’investissement, une niche pareille est de l’or en barre. La vision de l’autre côté de l’Atlantique considérera toujours le potentiel à décliner. »

 

6/ Quelles ambitions sportives ?

Beaucoup d’analystes estiment à juste raison qu’un groupe étasunien demeure engagé tant que les bénéfices sont de 15% a minima. Cependant, une plus-value passe obligatoirement par des… résultats. Et des résultats entraînent une… plus-value. CQFD. « Toulouse, je le disais, c’est du pain béni ; les Américains ont les bons leviers pour rentabiliser un filon, ils savent parfaitement manœuvrer. C’est le système de franchise en vigueur aux USA. Sport-entertainment et business, tout va de concert. Résultat : au même titre que Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux… Toulouse est un ’’numerus clausus’’ ; le TFC appartient à un cercle fermé susceptible, à terme, de jouer le Top 5 ou même une coupe d’Europe. »

 

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